(A.P.Hawzah) Le mois de Rabi al-Awwal est considéré comme un mois noble et précieux par les musulmans, car c’est durant ce mois qu’eut lieu la naissance du noble et éminent Messager de l’Islam (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée). Le terme « Mawlid », c’est-à-dire « le temps de la naissance », est une appellation particulière désignant cet événement et ce fait majeur. Les chiites célèbrent traditionnellement le 17 Rabi al-Awwal comme anniversaire de sa naissance, tandis que les sunnites retiennent le 12 Rabi. Cette divergence, dans notre pays, a contribué à une plus grande convergence et à un rapprochement entre les musulmans, donnant naissance à la Semaine de l’Unité islamique.
Comme cela est attesté dans les sources historiques et les ouvrages de Sîra, depuis les temps anciens, les musulmans ont organisé des célébrations, des rites et des cérémonies particulières afin d’honorer et de vénérer ce jour : ils préparaient des repas, distribuaient des douceurs, récitaient de la poésie, se rendaient visite les uns aux autres, et cette journée était également considérée comme un jour férié. Bien que, ces dernières années, certains savants wahhabites s’y soient opposés, tandis que d’autres ont critiqué cette opposition et déclarent à juste titre : pourquoi faudrait-il priver les musulmans de ces bienfaits ? Toutefois, au-delà de la date anniversaire de la naissance, ce qui importe davantage est l’impact qu’eut la naissance de cet être pur sur son époque et sur les époques qui suivirent : elle ouvrit à l’humanité un nouvel horizon qui se poursuivra à jamais.
Le rang et la position du Prophète de l’Islam (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée) dans le Coran et dans l’école des Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux), ainsi que la croyance des musulmans en lui en tant que modèle et exemple à suivre — conformément à l’affirmation explicite du Noble Coran — rendent indispensable une étude précise et approfondie de sa personnalité, de sa Sîra et de sa vie. De même, les attaques et les oppositions virulentes dont le Prophète de l’Islam (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée) fait aujourd’hui l’objet exigent que nous accomplissions, ne serait-ce qu’un modeste pas, dans la présentation de sa noble personne.
Il est le Prophète que Dieu Très-Haut a le plus décrit et loué dans le Noble Coran. Bien qu’il fût un seul homme, Allah l’a présenté comme une miséricorde pour les mondes ;² dans un autre verset, Il l’a décrit comme étant doué d’un caractère sublime.³ Son ampleur de poitrine et sa patience sont telles qu’Allah dans le noble Coran, la sourate Al-Hijr (59), le verset 21 dit :
لَوْ أَنْزَلْنَا هَٰذَا الْقُرْآنَ عَلَىٰ جَبَلٍ لَرَأَيْتَهُ خَاشِعًا مُتَصَدِّعًا مِنْ خَشْيَةِ اللَّه
Si Nous avions fait descendre ce Coran sur une montagne, tu l’aurais certes vue s’humilier et se fendre sous l’effet de la crainte d’Allah
Pourtant, ce même Coran, selon la révélation globale (nuzûl daf‘î), descendit en un seul instant, durant la Nuit du Destin, sur son cœur sacré.
Les Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux), face à l’école des califes qui s’efforça de maintenir cachée la lumineuse figure du noble Prophète (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée) et de la négliger, déployèrent les plus grands efforts afin de présenter aux gens le noble Prophète (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée) tel qu’il était réellement et d’ôter la poussière qui avait été déposée sur son visage lumineux.
Ils expliquèrent avec clarté que le Prophète (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée) est la manifestation parfaite et l’incarnation complète du Coran, ainsi que le miroir des attributs du Seigneur ; nul ne lui est égal dans son rang, nul n’est semblable à lui dans sa station, et aucun ange rapproché ni aucun prophète envoyé n’est à son niveau.⁵
C’est pourquoi, dans nos textes de visite pieuse (ziyârât) et dans nos sources de hadith, le noble Prophète (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée) est décrit par les titres les plus élevés et les plus sublimes, tels que Sayyed al-Mursalîn (le Maître des Messagers), Sayyed al-Anâm (le Maître des créatures), Sayyed al-Bashar (le Maître des humains) et Khayr al-Bashar (le meilleur des êtres humains).
L’Émir des croyants, l’Imam Ali (que la paix soit sur lui), en tant que personne la plus proche du Messager d’Allah (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée), a employé à son sujet les expressions les plus profondes et les plus belles. Une lecture, même brève, du Nahj al-Balâgha montre que l’Imam (que la paix soit sur lui) insistait particulièrement sur la nécessité de faire connaître à nouveau le noble Prophète (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée) ainsi que sa Sîra et sa Sunna.⁶
حَتّی بَعَثَ اللّهُ مُحمّداً شَهیداً و بشیراً وَ نَذیراً، خَیْرَ الْبَریَّةِ طِفْلاً و اَنْجَبَها کَهْلاً وَ اَطْهَرَ الْمُطَهَّرین شِیْمَةًJusqu’à ce qu’Allah suscite Mohammad comme témoin, annonciateur de bonne nouvelle et avertisseur ; le meilleur des créatures dans son enfance, le plus noble dans sa vieillesse et le plus pur des purifiés par son caractère et sa conduite.⁷
Nous évoquerons brièvement deux ou trois caractéristiques et vertus morales du noble Prophète de l’Islam (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée).
La morale du Prophète (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée)
Le caractère et la conduite du noble Prophète (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée), qui, selon l’affirmation explicite du Coran, jouèrent un rôle majeur dans la diffusion de son appel,⁸ rendaient le contact et les relations avec lui si faciles que même les catégories les plus faibles de la société n’éprouvaient ni gêne ni difficulté à l’approcher.
L’attraction qu’exerçait le noble Prophète (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée) sur les masses est rapportée dans les sources historiques, au point que même l’un de ses adversaires les plus acharnés, Abû Sufyân, disait à son sujet :
ما رایت قوما اشد حبا اصحابهم من اصحاب محمد له..⁹
Je n’ai jamais vu un peuple aimer son compagnon autant que les compagnons de Mohammad l’aiment.
Sa proximité avec le peuple
L’un des talents du noble Prophète (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée) résidait dans le fait que, tout en possédant ce rang éminent, il demeurait proche des gens et consacrait l’essentiel de son temps et de ses efforts au peuple, à sa réforme et à son éducation.
Il est rapporté d’Abd al-Quddûs qu’il aurait dit :
Si j’avais été à la place du noble Prophète (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée) et que j’étais parvenu au rang de qâba qawsayni aw adnâ (lors de l’Ascension), je ne serais plus redescendu de là sur terre. Mais le Messager d’Allah (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée), malgré toute la majesté et toute la grandeur qui se manifestèrent lors de son Ascension, redescend sur terre et se retrouve de nouveau au milieu des gens et des croyants de toutes catégories, de toutes classes et de toutes origines, poursuivant leur enseignement et leur éducation. Il s’enquiert de la situation de ses compagnons et prend soin d’eux.
یتفقد اصحابه و یسال الناس عما فی الناس¹⁰
Il prenait régulièrement des nouvelles de ses compagnons et demandait aux gens ce qui se passait parmi eux.
Anas ibn Mâlik rapporte :
Le Messager d’Allah (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée) était toujours ainsi : lorsqu’il ne voyait pas l’un de ses compagnons pendant trois jours, il s’enquérait de son état. Si on lui disait qu’il était absent, il invoquait Allah en sa faveur ; et s’il était présent, il allait lui rendre visite. »
Le verset 128 de la sourate al-Tawba (9) offre une représentation belle et complète de cette qualité du noble Prophète (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée) :
لَقَدْ جاءَکُمْ رَسُولٌ مِنْ أَنْفُسِکُمْ
Un Messager issu de vous-mêmes est venu à vous.
C’est comme si une parcelle de l’âme des gens et de l’esprit de la société était apparue sous la forme du Prophète (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée). C’est précisément pour cette raison qu’il considère toutes leurs souffrances comme ses propres souffrances et qu’il partage avec eux les peines et les difficultés, au lieu de demeurer indifférent.
عَزِیزٌ عَلَیْهِ ما عَنِتُّمْ
auquel pèsent lourd les difficultés que vous subissez
Autrement dit, le Prophète ne se contente pas d’être conscient de la douleur des gens : il ressent de tout son être ce qui leur arrive. Il n’existe donc aucune séparation entre lui et les autres musulmans. Comme les autres membres de sa communauté, le Prophète goûte lui aussi les difficultés et l’amertume du blocus de Shi‘b Abî Tâlib, ainsi que celles des guerres et des expéditions militaires. Il est profondément soucieux de la guidance et du bonheur de tous les êtres humains.
حَرِیصٌ عَلَیْکُمْ
il est plein de sollicitude pour vous
L’attachement aux principes
Un autre point digne d’attention et riche d’enseignements est le suivant : dans les questions individuelles et personnelles, ainsi que dans ce qui le concernait lui-même, le Prophète était doux, bienveillant et porté au pardon. Ainsi, lorsque les polythéistes de La Mecque lui faisaient du mal, au lieu de les maudire, il disait :
اللّهُمَّ اغْفِرْ قَوْمی؛ فَاِنَّهُم لایَعْلَمُونَ¹²
Ô Allah ! Pardonne à mon peuple, car ils ne savent pas.
Mais lorsqu’il s’agissait des principes, des questions d’intérêt général et des limites de la loi divine, il manifestait fermeté et détermination et ne considérait plus qu’il y eût place pour le pardon.
Après la conquête de La Mecque et sa victoire sur Quraysh, il passa sur toutes les injustices que Quraysh lui avait infligées personnellement durant vingt années et leur pardonna toutes en une seule fois. Il accepta même le repentir du meurtrier de son oncle bien-aimé, Hamzah.
Mais lors de cette même conquête de La Mecque, une femme appartenant aux Banû Makhzûm commis un vol et son crime fut établi. La famille de cette femme, qui appartenait à l’aristocratie de Quraysh et considérait l’application de la peine légale du vol comme une humiliation pour elle, se mobilisa avec insistance afin que le Messager d’Allah renonce à appliquer la peine. Ils demandèrent à certains compagnons respectables d’intercéder en leur faveur.
Mais le visage du Messager d’Allah (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée) se colora de colère et il dit, en substance :
Quelle place y a-t-il ici pour l’intercession ?! Peut-on suspendre la loi d’Allah à cause de certaines personnes ?
Le soir même, il prononça un discours devant l’assemblée et déclara :
Les peuples et les nations qui vous ont précédés n’ont sombré et ne furent anéantis que parce qu’ils pratiquaient la discrimination dans l’application de la loi d’Allah. Lorsqu’un homme puissant et influent commettait un crime, il était exempté de la peine, tandis que lorsque le faible et le subalterne commettait un crime, il était puni. Je jure par Celui dans la Main duquel se trouve mon âme que je ne faiblirai dans l’application de la justice envers personne, même s’il s’agit de l’un de mes plus proches parents.¹³
En vérité, quelle part et quel bénéfice tirons-nous du caractère et de la conduite de cette personnalité élue par Allah, ainsi que des autres Infaillibles (que la paix soit sur eux) ? Quelle ressemblance, quelle affinité existe-t-il entre nous et eux ?
Puisse Allah accorder que tous les musulmans, et notre société également, tout en honorant ces jours bénis et en approfondissant leur connaissance, s’efforcent de suivre concrètement et d’imiter véritablement le Prophète de l’Islam (que la paix et le salut de Dieu soit sur lui et sa famille immaculée), afin de réformer leur religion et leur vie ici-bas et de corriger leurs insuffisances et leurs faiblesses, tant individuelles que collectives ; tel est justement le sens de ce que nous récitons dans la Ziyârat Jâmi‘a :
بِمُوَالاتِکُمْ عَلَّمَنَا اللَّهُ مَعَالِمَ دِینِنَا وَ أَصْلَحَ مَا کَانَ فَسَدَ مِنْ دُنْیَانَا ¹⁴C’est par votre alliance et votre attachement que nous avons appris les repères de notre religion, et qu’Allah a réformé ce qui était corrompu de notre vie d’ici-bas.
Notes
1. Anne-Marie Schimmel, Mohammad, le Messager d’Allah, traduit par Hassan Lahouti, Téhéran, Société des publications scientifiques et culturelles, 1383 [calendrier hégirien solaire]. Dans le septième chapitre, intitulé « La célébration de la naissance du Prophète », aux pages 253 à 275, elle en donne un compte rendu détaillé à partir de sources historiques telles que Wafayât al-A‘yân d’Ibn Khallikân, ainsi que Itti‘âz al-Hunafâ d’al-Maqrîzî, etc.
2. Coran, sourate al-Anbiya (21), verset 107.
3. Coran, sourate al-Qalam (68), verset 104.
4. Coran, sourate al-Hashr (59), verset 21.
5. Sahifah al-Sajdadiyyah, « حتى لا يساوي في منزله ولا يكافأ في مرتبته ولا يوازيه لديك ملك مقرب ولا نبي مرسل », sous le titre : « وَكَانَ مِنْ دُعَائِهِ عَلَيْهِ السَّلَامُ بَعْدَ هَذَا التَّحْمِيدِ فِي الصَّلَاةِ عَلَى رَسُولِ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَآلِهِ », p. 38.
6. Voir Nahj al-Balaghah, les sermons 26, 72, 116, 126, 178, 213, ainsi que les lettres 9 et suivantes.
7. Nahj al-Balaghah, sermon 104.
8. Coran, sourate Al-Imran (3), verset 159.
9. Mohammad ibn Sa‘d, al-Tabaqat al-Kubra, t. 2, p. 56.
10. Baladhuri, Ansab al-Ashraf, t. 1, p. 388.
11. کَانَ رَسُولُ اللَّهِ ص إِذَا فَقَدَ الرَّجُلَ مِنْ إِخْوَانِهِ ثَلَاثَةَ أَیَّامٍ سَأَلَ عَنْهُ فَإِنْ کَانَ غَائِباً دَعَا لَهُ وَ إِنْ کَانَ شَاهِداً زَارَهُ وَ إِنْ کَانَ مَرِیضاً عَادَهُ
Al-Tabarsî, Hassan ibn Fadl, Makarim al-Akhlaq, p. 19.
12. Sayyed ibn Tawus, al-Iqbal bi-l-A‘mal al-Haasanah, t. 1, p. 385.
13. Voir : Shahid Motahharî, Majmoua-ye Athar, t. 2, p. 258, citant Sahih Muslim, t. 5, p. 114.
14. Ziyarat Jami‘a Kabirah.




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