(A.P.Hawzah) rapporte le hadith suivant, de Ghurar al-Hikam :
L’Imam Ali (que la paix soit sur lui) a dit :
السُّکُوتُ عَلَی الْأَحْمَقِ أَفْضَلُ جَوَابِهِ.
Le silence face à l’insensé est la meilleure réponse à lui donner.
Ghurar al-Hikam, hadith n° 1160.
Ce hadith met en lumière l’un des principes éthiques et sociaux les plus importants dans la manière de se comporter face aux personnes ignorantes, déraisonnables ou incapables d’un échange constructif.
L’homme doué de raison ne doit pas s’imaginer qu’il lui incombe nécessairement de répondre à toute parole, à toute objection, à toute insulte ou à toute شبهه et ambiguïté. Il arrive que l’interlocuteur ne cherche nullement à connaître la vérité, mais qu’il poursuive plutôt un objectif de polémique, de provocation ou d’humiliation. Dans de telles circonstances, le silence peut être bien plus sage que l’engagement dans une discussion stérile.
L’« insensé » ou l’« homme dépourvu de discernement » n’est pas nécessairement celui qui possède peu de connaissances. Une personne peut disposer d’un grand nombre d’informations et, pourtant, adopter une attitude ignorante en raison de son fanatisme, de son orgueil, de son obstination ou de son incapacité à comprendre un raisonnement logique. Face à une telle personne, même une abondance d’arguments peut parfois n’aboutir qu’à l’intensification du conflit. Car répondre peut, dans certains cas, attiser davantage le feu de la querelle.
Certaines personnes prennent plaisir à susciter l’opposition et à provoquer les réactions des autres. Plus on leur répond, plus elles parlent, et plus elles prolongent la dispute. Le silence face à de telles personnes ressemble au retrait du combustible qui alimente un feu : lorsqu’elles ne reçoivent plus la réaction qu’elles recherchent, les conditions de la poursuite du conflit s’amenuisent progressivement, jusqu’à disparaître.
Il convient donc de comprendre que le silence n’est pas toujours le signe d’une faiblesse ou d’une incapacité. Il peut parfois exprimer le fait que l’on possède une réponse, mais que l’on ne juge pas digne de sa personne d’entrer dans une polémique, ou que l’on considère cette réponse comme inutile pour celui qui se trouve en face de nous.
Un tel silence est, en réalité, un silence qui procède de la force de la raison et de la maîtrise de l’âme, et non de la faiblesse ou de la peur. Entrer dans toute querelle revient parfois à se placer soi-même au niveau de celui qui la provoque. Par cette parole, l’Émir des croyants (que la paix soit sur lui) invite l’être humain à préserver sa personnalité, sa dignité, sa sérénité et sa noblesse. Celui qui se laisse entraîner dans une dispute à chaque parole irréfléchie remet sa tranquillité et son honneur entre les mains des autres.
Un autre bienfait du silence réside dans le fait qu’il donne à l’homme le temps de réfléchir. Une réponse immédiate, surtout lorsqu’elle est prononcée sous l’emprise de la colère, procède souvent davantage de l’émotion que de la raison. Le silence permet à l’homme de maîtriser sa colère et de se demander si répondre lui apportera réellement un quelconque bénéfice. Ainsi, le silence peut devenir le prélude à une décision sage et réfléchie.
Le Noble Coran décrit également les serviteurs vertueux d’Allah en ces termes :
وَعِبَادُ الرَّحْمَٰنِ الَّذِينَ يَمْشُونَ عَلَى الْأَرْضِ هَوْنًا وَإِذَا خَاطَبَهُمُ الْجَاهِلُونَ قَالُوا سَلَامًا
Les serviteurs du Tout Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur la terre et, lorsque les ignorants s’adressent à eux, ils répondent par des paroles de paix.
Saint Coran, sourate al-Furqān (25), verset 63.
Le croyant n’a pas pour mission de consacrer toute son existence à répondre aux querelles inutiles et aux controverses stériles avec les ignorants et les personnes animées par la mauvaise foi. C’est pourquoi le silence peut, dans certaines circonstances, constituer une voie de salut.
Il arrive qu’une simple réponse verbale suffise à prolonger une discussion qui aurait dû prendre fin. Le silence possède alors une autre dimension : il peut faire comprendre à l’interlocuteur que son comportement ne mérite pas d’être alimenté par une réponse. En ce sens, le silence peut transmettre un message clair :
Je ne participerai pas à une querelle qui ne repose ni sur la raison ni sur la recherche sincère de la vérité.
Certes, il est nécessaire de défendre la vérité avec toute la force dont on dispose. Cependant, le silence ne signifie pas toujours l’abandon de la défense du droit. Dans certaines circonstances, il peut même constituer une stratégie efficace au service de la défense de la vérité.
Il est donc particulièrement important de comprendre que cette parole de l’Imam Ali (que la paix soit sur lui) ne signifie nullement qu’il faudrait garder le silence face à l’injustice, à la déviation, à la violation des droits ou aux ambiguïtés dangereuses susceptibles d’égarer les autres. Si le silence risque de conduire à l’égarement des hommes ou de renforcer le faux, alors la réponse et la défense de la vérité peuvent devenir nécessaires.
Toutefois, l’homme doit savoir, en tenant compte des circonstances, quand il convient de parler et quand il convient de se taire.
Certaines personnes s’imaginent que la sagesse consiste à exprimer son opinion sur toute question et en toute circonstance. Mais Il faut savoir qu'un homme sage examine la situation, considère son interlocuteur et mesure les conséquences de sa parole. Si parler peut contribuer à guider, à éclaircir et défendre la vérité, il prend la parole. Mais si le résultat ne peut être que la polémique, l’insulte et la perte de temps, il choisit le silence.
En définitive, le message de l’Émir des croyants, l’Imam Ali (que la paix soit sur lui), est que l’homme raisonnable ne doit pas permettre à toute personne ignorante ou provocatrice de jouer avec sa sérénité et son intelligence. Parfois, la plus grande victoire dans une querelle ne consiste pas à triompher par les paroles, mais à ne pas entrer, dès l’origine, dans une querelle vaine et stérile.




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