dimanche 23 août 2026 - 14:00
Le grand Ayatollah Ja‘far Sobhanî examine les conceptions sunnite et chiite des actes humains et appelle à une étude critique des « finalités de la Charia »

Hawzah/ Le grand Ayatollah Cheikh Ja‘far Sobhanî, l’une des principales autorités religieuses chiites, a examiné, lors de la cinquième séance de son cours destiné aux étudiants de l’école estivale « Dar al-‘Ilm » à Machhad, les conceptions des acharites, des mu‘tazilites et de l’école ‘adlîya sur les actes humains. Il a notamment réaffirmé la doctrine chiite de l’« ordre entre les deux ordres » (amr bayna al-amrayn), qui constitue une position intermédiaire entre le déterminisme et le libre arbitre, avant d’appeler à une étude scientifique et critique de la théorie des « finalités de la Charia » (maqâsid al-sharî‘a) dans la jurisprudence chiite.

Machhad, Iran (A.P.Hawzah) –Le grand Ayatollah Sobhanî a expliqué que trois questions devaient être distinguées : la possibilité du « devoir imposé à ce qui dépasse la capacité humaine » (taklîf bimâ lâ yutâq), la question de savoir si les actes humains sont créés par Dieu ou par l’être humain, et enfin la problématique du déterminisme (jabr) et de la délégation totale.
Selon lui, les acharites considèrent que l’être humain est contraint dans ses actes, tandis que les mu‘tazilites défendent une forme d’indépendance humaine. La doctrine de l’école ‘adlîya rejette ces deux positions et affirme que l’homme dépend de Dieu dans son existence comme dans sa capacité d’agir, tout en disposant d’une volonté et d’un choix réels.
Une causalité divine et humaine
L’ayatollah Sobhanî a expliqué que les acharites considèrent Dieu comme l’unique cause et agent véritable dans l’univers et n’accordent aucune efficacité causale indépendante, ni même secondaire, aux phénomènes naturels. À titre d’exemple, selon cette conception, ce n’est pas l’eau qui étanche directement la soif, mais Dieu qui produit cet effet au moment où l’être humain boit.
En réponse à cette conception, il a souligné que le Coran reconnaît également l’existence de causes intermédiaires. Il a notamment cité le verset : « Il a fait descendre du ciel une eau par laquelle Il a fait sortir des fruits », estimant que ce type de formulation coranique établit une relation entre l’action divine et les causes naturelles.
Selon l’ayatollah Sobhanî, la position chiite consiste à reconnaître simultanément la dépendance de toute chose envers Dieu et l’efficacité réelle des causes secondaires. L’être humain agit grâce à une capacité qui lui est accordée par Dieu, mais il utilise cette capacité selon sa propre volonté.
Il a résumé cette doctrine par la parole attribuée à l’Imam Ja‘far al-Sâdiq : « Ni contrainte ni délégation, mais une voie entre les deux. »
Deux rapports pour un même acte
L’ayatollah Sobhanî a souligné qu’un acte humain possède deux rapports : un rapport à Dieu et un rapport à l’être humain. Il est attribué à Dieu dans la mesure où l’existence et la capacité de l’homme dépendent de Dieu, mais il est également attribué à l’homme parce que celui-ci choisit librement la manière dont il utilise cette capacité.
Il a ainsi rejeté aussi bien la conception selon laquelle l’homme serait totalement privé d’efficacité que celle selon laquelle il serait totalement indépendant de Dieu dans ses actes.
Pour illustrer son argument, il a analysé plusieurs versets invoqués par les acharites, notamment le verset : « Vous ne les avez pas tués, mais c’est Dieu qui les a tués », ainsi que le passage : « Combattez-les ; Dieu les châtiera par vos mains ». Selon lui, ces versets ne prouvent pas que l’homme serait uniquement un instrument passif de l’action divine. Ils montrent plutôt que le même acte peut être attribué à Dieu et à l’être humain selon deux niveaux différents : à Dieu en tant que source de la capacité et de l’existence, et à l’homme en tant qu’agent direct de l’acte.
Il a également critiqué l’interprétation de l’expression coranique « Dieu vous a créés, vous et ce que vous faites », utilisée par certains théologiens pour soutenir que les actes humains sont exclusivement les actes de Dieu. Il a estimé que le terme arabe dans ce verset doit être compris comme un pronom relatif et non comme une particule transformant « ce que vous faites » en un nom d’action.
L’ayatollah Sobhanî a également souligné la nécessité de prendre en considération les causes intermédiaires dans l’analyse des phénomènes humains. À propos de l’incroyance, il a expliqué que celle-ci ne peut être attribuée directement à Dieu en faisant abstraction des facteurs humains tels que les passions, les intérêts personnels, le refus de réfléchir ou l’éloignement des enseignements des prophètes.
Appel à une approche critique des « finalités de la Charia »
Dans la seconde partie de son intervention, l’ayatollah Sobhanî a abordé la question des « Maqâsid al-Sharî‘a », ou « finalités de la Charia », en appelant les étudiants à l’étudier de manière scientifique et critique.
Il a rappelé que l’école juridique sunnite s’appuie, outre le Coran, la Sunna et le consensus, sur plusieurs autres sources et méthodes d’interprétation, notamment l’analogie juridique (qiyâs), l’appréciation juridique (istihsân), la prévention des moyens conduisant à l’interdit (sadd al-dharâ’i‘), ainsi que certaines opinions attribuées aux Compagnons et aux habitants de Médine.
Il a expliqué que le juriste andalou Abû Ishâq al-Shâtibî, mort en 790 de l’Hégire, avait systématisé la théorie des finalités de la Charia dans son ouvrage Al-Muwâfaqât, en faisant de ces finalités un élément de la réflexion juridique et de l’ijtihad.
Cette approche a ensuite été remise en avant à l’époque moderne, notamment par le savant tunisien Ibn ‘Âshûr, auteur de Al-Tahrîr wa al-Tanwîr, qui a contribué à renouveler les recherches sur les finalités de la Charia.
L’ayatollah Sobhanî a toutefois insisté sur la nécessité pour les chercheurs chiites de ne pas accepter cette théorie sans examen : « Nous devons nous-mêmes l’analyser et déterminer ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. Il ne faut ni l’accepter sans discussion ni la rejeter sans étude. »
Une approche compatible avec le fiqh chiite sous certaines conditions
L’ayatollah Sobhanî à indiquer avoir consacré un développement détaillé à cette question dans son ouvrage Usûl al-Fiqh al-Muqâran, dans lequel il examine notamment la place que peut occuper la théorie des finalités de la Charia dans la jurisprudence chiite.
Selon lui, les finalités de la Charia peuvent être prises en considération lorsqu’elles reposent sur des fondements établis par les sources religieuses et peuvent être déduites du Coran et de la Sunna. Il a notamment évoqué certaines justifications présentes dans les textes juridiques concernant l’eau, ainsi que l’interdiction du vin et du jeu, dont le Coran souligne les conséquences sociales, notamment la haine et l’hostilité entre les individus.
En conclusion, l’ayatollah Sobhanî a appelé les étudiants des sciences religieuses à examiner les théories nouvelles avec une méthode scientifique, en évaluant leurs fondements et leurs conséquences avant de les accepter ou de les rejeter. Il a également recommandé aux étudiants de consulter les ouvrages spécialisés consacrés à la théologie islamique et aux questions du déterminisme, du libre-arbitre et des finalités de la Charia.

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