Liban (A.P.Hawzah) –Voici le texte intégral du discours prononcé par Hodjatoleslam Cheikh Naïm Qassem, secrétaire général du Hezbollah, lors de la cérémonie de deuil du dixième jour du mois de Mouharram.
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux
Paix sur toi, ô Aba Abdillah. Paix sur toi, ô fils du Messager d’Allah. Paix sur toi, ô fils du Commandeur des croyants, maître des légataires. Paix sur toi, ô fils de Fatima az-Zahra, la souveraine des femmes des mondes.
Paix sur toi, ô Aba Abdillah, ainsi que sur les âmes qui reposent auprès de ton sanctuaire. Que la paix d’Allah soit sur vous tant que dureront les jours et les nuits. Puisse Dieu ne jamais faire de cette visite la dernière que je vous adresse.
Paix sur Al-Hussein, sur Ali ibn Al-Hussein, sur les enfants d’Al-Hussein et sur les compagnons d’Al-Hussein.
Paix au Guide et Imam martyr, Seyyed Ali Khamenei — que sa mémoire soit sanctifiée. Paix au maître des martyrs de la communauté, Sayed Hassan Nasrallah — qu’Allah soit satisfait de lui.
Ô peuple de dignité, d’honneur et de noblesse ! Ô fidèles de la Résistance ! Ô vous qui avez fait retentir votre voix à Karbala ! Que la paix, la miséricorde et les bénédictions d’Allah soient sur vous.
L’Achoura est la victoire du sang sur l’épée. Le sang d’Al-Hussein nourrit la flamme de la liberté et de la libération, tandis que la voix de Zaynab inspire tous ceux qui empruntent le chemin du jihad. L’Achoura est l’étendard de la lumière qui guide les peuples vers la droiture et le salut.
L’Achoura est le prolongement de la mission d’Al-Hussein jusqu’à l’avènement du Mahdi afin d’établir la justice. Elle forme les générations à mener une vie digne et honorable. Elle est le récit éternel qui relie l’avenir à l’éclat de l’Histoire.
Karbala est un moment qui se renouvelle à jamais. C’est une terre qui s’honore par ses enfants, un ciel qui répand ses bénédictions et un soleil qui dissipe les ténèbres de la tyrannie et de l’oppression.
Le jour de l’Achoura, un groupe d’hommes se tenait aux côtés de l’Imam Al-Hussein (as). La nuit précédant son martyre, l’Imam leur déclara :
« Je ne connais pas de compagnons plus loyaux ni meilleurs que vous, et je ne connais pas de famille plus vertueuse que la mienne. Qu’Allah vous récompense de la plus belle des récompenses. »
Ils lui répondirent avec une fidélité exemplaire. Muslim ibn Awsaja déclara :
« Par Dieu, nous ne t’abandonnerons jamais, afin qu’Allah sache que nous avons préservé, à travers toi, l’honneur de Son Prophète. Par Dieu, si je savais que je serais tué, puis ramené à la vie, ensuite brûlé, puis ressuscité de nouveau avant d’être réduit en cendres, et que cela se reproduirait soixante-dix fois, je ne te quitterais pas avant d’avoir donné ma vie pour toi. Comment pourrais-je agir autrement alors qu’il ne s’agit que d’une seule mort, suivie d’un honneur éternel qui ne prendra jamais fin ? »
Cette scène de l’Achoura demeure le symbole intemporel du sacrifice, de la générosité et de l’éternité. Elle incarne la véritable mobilisation révolutionnaire capable de renverser les équilibres et de faire tomber les tyrans.
À l’Imam Al-Hussein lui-même, nous répétons aujourd’hui les paroles de ses compagnons :
« Ô Hussein, nous ne t’abandonnerons jamais. »
Et, sur tous les fronts du jihad, dans chaque combat pour défendre la vérité, libérer la terre et rendre sa dignité à l’être humain, nous proclamons :
« Labbayka ya Hussein ! » (« Nous répondons à ton appel, ô Hussein ! »)
Cette année encore, nous avons été témoins d’une immense renaissance de l’Achoura et d’une participation populaire remarquable, malgré les déplacements forcés, l’exil, les souffrances, les pertes et toutes les difficultés.
Ce peuple est celui d’Abou Taher ; il a été formé à l’école de l’Imam Al-Hussein et demeure ferme dans ses convictions.
Nous rendons grâce à Allah de nous avoir permis de vivre cette Achoura et d’être une part vivante de Karbala.
En cette Achoura de notre époque, nous nous tenons aux côtés de l’Imam Khomeiny, de l’Imam Khamenei, de l’Ayatollah Seyyed Mojtaba Khamenei, de l’Imam Moussa Sadr, du cheikh Ragheb Harb, de Seyyed Abbas Moussaoui, de Seyyed Hassan Nasrallah, de Sayed Hachem Safieddine, ainsi que des combattants, des martyrs, des blessés, des prisonniers et de toutes les familles qui nous entourent pour proclamer ensemble :
« Karbala est un champ de bataille. Karbala est une voie. Karbala est une victoire. Karbala est l’avenir. »
Nous sommes dépositaires du legs des martyrs, des blessés et des prisonniers. Cette responsabilité repose sur nos épaules et nous préserverons ce pour quoi ils ont consenti tant de sacrifices.
Tous étaient présents à l’Achoura et ils le sont encore aujourd’hui. Tous étaient à Karbala et ils y demeurent toujours.
Le jeune combattant est présent sur le terrain. La femme combattante est présente sur le terrain. Les personnes âgées, les enfants, les hommes et les femmes, les petits comme les grands, sont tous présents sur le champ de Karbala et participent ensemble à écrire l’Achoura.
Cette scène est le reflet fidèle de l’Achoura d’Al-Hussein : l’Achoura d’Al-Hussein, de Zaynab, d’Ali al-Akbar, d’Abdallah al-Radhi‘ et de Habib ibn Madhahir. Tous étaient présents, des plus jeunes jusqu’à leur chef.
Aujourd’hui encore, l’Achoura se répète : toute la famille et toute la société y prennent part.
Ô notre maître Hussein !
Tu étais présent dans le Sud, à Bint Jbeil, Al-Khiam, Al-Bayyad et Ali al-Taher ; partout où tu es présent, c’est le Sud qui renaît.
Tu étais également présent dans la Békaa, au Mont-Liban, à Beyrouth, dans la banlieue sud et au Nord, jusqu’à ce que tout le Liban devienne un prolongement du Sud et que notre peuple retrouve l’esprit et l’atmosphère de Karbala.
Nous sommes passés du simple souhait : « Si seulement nous avions été à vos côtés », à cette réalité :
« Nous sommes avec vous, et vous êtes avec nous. »
Nous ne sommes plus face à la Karbala de l’Histoire, mais face à une Karbala vivante, qui relie le passé au présent et à l’avenir, jusqu’à l’apparition de l’Imam al-Mahdi (qu’Allah hâte sa venue).
Cela signifie que la lumière a commencé à se répandre et que la liberté est désormais proche.
Ils étaient là, ils le sont encore aujourd’hui, conformément à la parole d’Allah :
« Parmi les croyants, certains ont pleinement tenu leur engagement envers Dieu ; d’autres attendent encore, sans jamais avoir changé leur engagement. »
Karbala est toute la vie. Karbala est pureté, foi et sacrifice. Karbala est le cri éternel :
« Loin de nous toute humiliation ! »
Des voix timides se sont élevées au loin pour nous reprocher d’être aux côtés d’Al-Hussein (que la paix soit sur lui). Mais le sang des martyrs a jailli, renversant les tyrans, les États-Unis et l’ennemi israélien. À travers les ondes, il leur a adressé ce message :
« Les Husseiniens sont victorieux, tandis que ceux qui ont abandonné cette caravane sont les perdants. »
Nous avons été confrontés à une guerre visant à anéantir l’existence même du Hezbollah, son environnement social, son peuple ainsi que tous ceux qui lui sont liés au Liban.
Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, affirme qu’Israël est présent au Liban parce que le Hezbollah le cible avec des missiles.
Non.
Israël est présent au Liban parce qu’il cherche à l’engloutir.
Israël est présent au Liban parce qu’il entend l’occuper dans le cadre de son projet du « Grand Israël ».
La Résistance, quant à elle, n’est née qu’en réponse à l’agression et à l’occupation.
Cette agression israélo-américaine, menée par voie terrestre, maritime et aérienne contre les civils, les arbres, les pierres et toute forme de vie, à l’aide de tous les types d’armements, avec l’appui de certains États et de leurs relais, par des plans destinés à semer la discorde entre l’armée, les communautés religieuses et les différentes composantes confessionnelles, par la criminalisation politique, le blocus financier ainsi que par des programmes visant les institutions éducatives, sociales et culturelles, constituait une guerre de grande ampleur et un danger majeur, conçus pour faire disparaître notre existence.
Mais, par la grâce de Dieu et grâce à l’esprit de Karbala qui anime tous les hommes et toutes les femmes libres et dignes de notre peuple, nous avons réussi à mettre fin à cette agression et à remporter une victoire majeure.
Nous proclamons haut et fort :
« Nous avons mis en échec le projet israélo-américain et nous sommes entrés dans une nouvelle étape. Désormais, quiconque souhaite agir doit le faire en tenant compte des réalités de cette nouvelle phase. »
Cette agression s’est produite au même moment que l’attaque dirigée contre la République islamique d’Iran.
Les États-Unis et Israël voulaient également détruire l’existence de l’Iran, provoquer un changement de régime et prendre le contrôle du pays ainsi que de ses ressources.
Ils l’ont annoncé publiquement.
Ils ont planifié cette stratégie.
Ils étaient convaincus de pouvoir atteindre cet objectif.
Les États-Unis ont cherché à rallier le monde entier à cette entreprise. Ils se sont appuyés sur plusieurs pays de la région du Golfe et ont tenté d’entraîner les pays européens ainsi que d’autres États dans ce projet.
L’un des responsables de l’OTAN a même déclaré que cinq mille avions avaient décollé d’Europe pour soutenir les États-Unis dans leur offensive contre l’Iran.
Mais l’Iran a tenu bon.
L’Iran a placé au premier rang l’Imam Khamenei — que sa mémoire soit sanctifiée — comme symbole, comme étendard, comme lumière de guidance, de révolution et de mobilisation, aux côtés de ses commandants, de son peuple et de ses civils, au prix d’immenses sacrifices.
Ainsi, il a résisté et tenu jusqu’à parvenir à un « mémorandum d’entente », qui constitue, selon nous, l’aveu officiel de l’échec des États-Unis et d’Israël.
Aujourd’hui, l’Iran façonne l’avenir, non seulement pour lui-même, mais aussi pour toute la région.
Durant cette période d’agression, nous avons coopéré avec l’Iran.
Nous avons affronté ensemble cette offensive.
Nous avons, ensemble, fait échouer ce projet.
Ils voulaient nous voir isolés et divisés.
Nous avons agi comme un seul axe, et cela est notre droit le plus naturel.
Si les États-Unis ont mobilisé toutes les ressources dont ils disposent dans le monde afin d’entraîner les nations dans leur projet d’agression, pourquoi ne collaborerions-nous pas, nous aussi, autour d’un projet juste, celui de la libération de notre terre et d’une résistance digne ?
Nous remercions l’Iran.
Nous remercions l’Iran, afin que cette gratitude parvienne jusqu’aux cœurs malades et les laisse dans leur amertume.
Nous remercions l’Iran et nous resterons à ses côtés.
Nous souhaitons qu’il demeure à nos côtés et que nous appartenions à un même front et à une même orientation.
Il est désormais évident que votre puissance, associée à celle des combattants présents sur le terrain, permet d’établir un équilibre des forces capable de nous conduire vers une nouvelle étape :
celle de la défaite du projet israélien et de la préparation de l’expulsion du régime israélien de notre terre.
Nous croyons en cinq principes fondamentaux et nous appelons à leur mise en œuvre.
Premier principe :
Israël n’a d’autre choix que de se retirer totalement de chaque parcelle du territoire libanais et de mettre fin à toutes ses agressions, qu’elles soient terrestres, aériennes ou maritimes.
L’agression israélienne a échoué dans la réalisation de ses ambitions expansionnistes.
C’est à partir de ce constat que doit commencer toute démarche politique.
Israël doit quitter le Liban sans aucune condition.
Aucun engagement contraire à la souveraineté du Liban n’est acceptable.
Personne n’a le droit de signer ou d’accepter un quelconque accord portant atteinte à cette souveraineté.
Le plafond de toute solution doit être la souveraineté pleine et entière ainsi que l’indépendance totale du Liban.
Ni normalisation.
Ni suppression de l’état d’hostilité.
Aucun avantage pour Israël.
Aucune présence israélienne, même partielle, sur le territoire libanais.
Israël quittera le Liban dans la défaite et l’humiliation.
Et c’est, selon nous, ce qui finira par se produire.
Nous estimons que cette souveraineté peut être garantie dans le cadre des résultats de l’accord du 27 novembre 2024, appliqué à la zone située au sud du fleuve Litani, et non à l’ensemble du Sud-Liban.
Deuxième principe :
La Résistance se poursuit, avec son existence, sa présence, ses décisions et ses capacités.
Aujourd’hui, la Résistance constitue l’un des piliers de l’indépendance et de la liberté du Liban, et elle continuera à l’être.
La Résistance, c’est ce peuple.
La Résistance, c’est cette terre.
La Résistance, c’est l’histoire, le présent et l’avenir.
Troisième principe :
L’autorité libanaise ne peut pas gouverner normalement le pays tout en étant en conflit avec plus de la moitié du peuple libanais.
L’État tire sa légitimité de toutes ses composantes sociales, et non uniquement des institutions ou des fonctions officielles.
Les responsables publics sont dépositaires de la nation.
S’ils réussissent, cet honneur leur revient.
S’ils échouent, le peuple leur demandera des comptes.
Le pouvoir politique doit revoir son approche sur deux questions essentielles :
Premièrement, il doit œuvrer à l’unité nationale : rassembler les Libanais, unifier les rangs et adopter une position politique commune face à l’ennemi israélien.
Il doit également cesser d’appliquer les diktats imposés par les puissances de tutelle et par l’ennemi, et renoncer à toute décision servant les intérêts des États-Unis ou d’Israël.
Nous sommes prêts.
Nous tendons la main.
Saisissez cette opportunité.
La Résistance est forte et, si vous choisissez la voie de la souveraineté du Liban, nous serons à vos côtés.
Deuxièmement, toutes les capacités nationales doivent être mobilisées pour reconstruire le pays.
Cela passe par le redressement de la situation économique, la résolution du dossier des dépôts bancaires des épargnants, la reconstruction des régions touchées, la réduction des fractures sociales ainsi que toute mesure susceptible de répondre aux besoins fondamentaux du Liban.
Une fois le retrait israélien achevé, nous examinerons ensemble une stratégie globale de sécurité nationale.
Quatrième principe :
Il convient de tirer parti du processus de compréhension entre l’Iran et les États-Unis, lequel peut constituer un soutien majeur à la souveraineté du Liban grâce à une puissance exceptionnelle que Dieu nous a accordée comme un véritable don.
Que possédez-vous aujourd’hui, au Liban, pour faire face à l’agression ?
Nous avons consenti à d'immenses sacrifices parce que le rapport de force ne nous était pas favorable.
Par notre sang, nous avons créé cet équilibre.
Aujourd’hui, cet appui supplémentaire venu de l’Iran — l’Iran de l’honneur et l’Iran de l’islam — doit être mis au service d’un Liban libre, indépendant et pleinement souverain.
Il est désormais établi, selon nous, que l’Iran représente une voie vers la libération.
Cinquième principe :
Empêchez les pays arabes et étrangers qui exercent des pressions sur vous de vous entraîner vers les divisions internes, vers une réconciliation avec Israël ou vers toute démarche destinée à servir les intérêts israéliens.
Coopérez, au plus haut niveau, avec les États qui souhaitent réellement aider le Liban à restaurer sa souveraineté et à assurer sa reconstruction.
Dites-leur de démontrer ce soutien par des actes concrets.
Nous refusons que certains pays viennent affirmer qu’ils aideront le Liban uniquement à condition qu’il abandonne ses armes, car cela correspond précisément au projet israélien.
Nous voulons des partenaires qui soutiennent notre souveraineté, et non des États qui invoquent cette souveraineté pour, en réalité, soutenir Israël.
Nous accueillons favorablement tous les pays arabes et étrangers qui contribuent à la reconstruction du Liban, au rétablissement de sa souveraineté, au renforcement de son armée et au retrait d’Israël de son territoire.
Nous appelons également à la constitution d’un puissant front diplomatique destiné à empêcher la réalisation des objectifs israéliens.
Pour conclure, nous adressons nos salutations au peuple de Gaza et au peuple palestinien.
Ô peuple généreux, noble et plein de sacrifices !
Le monde vous a abandonnés et vous a fait subir l’injustice.
Mais le sang de vos martyrs et les sacrifices de votre peuple demeureront le symbole de la liberté, de la dignité et de la libération.
Nous sommes à vos côtés.
La Palestine et sa libération resteront toujours notre boussole.
Nous croyons en sa libération aux côtés du peuple palestinien, et, si Dieu le veut, ce jour viendra bientôt.
Nous adressons également nos salutations au noble peuple yéménite, à sa direction honorable ainsi qu’aux forces armées du Yémen.
Alors que le monde avait abandonné la Palestine, le Liban et l’Axe de la Résistance, ils sont restés à leurs côtés malgré leurs propres difficultés et les épreuves auxquelles ils faisaient face.
Ils sont un peuple noble, qui sait où se trouve la vérité.
Nous saluons également le peuple irakien, la Marja'iyya, les Hachd al-Chaabi, ainsi que les autorités et les institutions de l’Irak, pour leur soutien, leur assistance et leur présence à nos côtés.
En définitive, les détenteurs de la vérité finiront par triompher.
Et nous continuerons de porter ce mot d’ordre :
« Loin de nous toute humiliation ! »
Paix sur Al-Hussein.
Paix sur Ali ibn Al-Hussein.
Paix sur les enfants d’Al-Hussein.
Paix sur les compagnons d’Al-Hussein.
Que la paix, la miséricorde et les bénédictions d’Allah soient sur vous.
Wa-s-salâm ‘alaykum wa raḥmatullâhi wa barakâtuh.





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