dimanche 11 octobre 2026 - 15:26
Cheikh Ali Al-Khatib alerte sur les défaillances de l’État libanais et appelle à des réformes structurelles

Hawzah/Le vice-président du Conseil supérieur islamique chiite du Liban a dénoncé les défaillances de l’action gouvernementale et l’application sélective des lois. Il a averti que le recours aux compromis politiques et aux solutions provisoires ne ferait pas seulement obstacle au règlement des crises économiques et sécuritaires, mais entraînerait également une érosion de la confiance de la population et un risque de désintégration des structures nationales.

Liban (A.P.Hawzah) – Cheikh Ali Al-Khatib, vice-président du Conseil supérieur islamique chiite du Liban, s’est exprimé lors du prêche de la prière du vendredi, prononcé au siège du Conseil, sur la route de l’aéroport. Au début de son intervention, il a déclaré : « Dans un domaine essentiel de la vie politique libanaise, nous sommes confrontés au problème d’une Constitution inachevée. Le défi actuel consiste à transformer le texte en institutions, les institutions en un État et l’État en un véritable protecteur des citoyens. »

Il a poursuivi : « Le Liban se trouve devant un choix : soit continuer à gérer les crises à coups de solutions de fortune et de mesures provisoires, soit passer de la gestion des crises à la construction de l’État. Même si la guerre prend fin demain, même si les forces israéliennes se retirent et même si les négociations directes — que nous n’avons pas approuvées — aboutissent, le Liban ne retrouvera pas automatiquement son état de santé et son équilibre d’autrefois. »

Cheikh Al-Khatib a également souligné la nécessité de préserver l’unité, la solidarité et la cohésion sociale dans ces circonstances difficiles. Il a toutefois insisté sur le fait que cette exigence ne saurait exonérer le gouvernement de ses responsabilités et de ses obligations envers la population, en particulier envers les personnes déplacées et les familles contraintes de quitter leur domicile.

Évoquant la réalité politique libanaise, il a déclaré : « Dans ce moment particulièrement complexe que traverse le Liban, il est impossible d’appréhender les événements sous un seul angle. Avant d’être confronté à une crise gouvernementale, le Liban fait face à une crise de l’État lui-même ; avant la crise financière, il connaît une crise de confiance ; et avant la crise des frontières, il est confronté à une crise de souveraineté nationale. La question urgente est la suivante : vivons-nous au Liban sous le régime d’une Constitution pleinement appliquée, ou sous celui d’un texte dont seules les dispositions compatibles avec les rapports de force sont mises en œuvre, tandis que les autres sont renvoyées à plus tard ? »

Il a ajouté : « Depuis l’adoption, en 1990, des réformes constitutionnelles issues de l’accord de Taëf, nous disposons d’un texte normatif dont les grandes orientations sont clairement définies. Pourtant, le problème n’a jamais véritablement été l’absence de texte, mais plutôt le caractère sélectif de son application. L’accord national connu sous le nom d’“accord de Taëf” prévoit un État unifié, l’extension de l’autorité de l’État à l’ensemble du territoire après la fin de l’occupation israélienne, une décentralisation administrative élargie, l’objectif d’abolir le confessionnalisme politique ainsi que des réformes judiciaires et institutionnelles. »

Il a poursuivi : « Dans les faits, certaines dispositions constitutionnelles issues de l’accord de Taëf ont été appliquées, tandis que d’autres ont été suspendues ou reportées. Le système politique a été réorganisé sur la base du partage du pouvoir et les compétences ont été réparties entre les différentes institutions, mais les réformes politiques sont restées inachevées. La décentralisation administrative élargie demeure un objectif plutôt qu’une réalité concrète. Quant à l’abolition du confessionnalisme politique, prévue à l’article 95 de la Constitution, elle constitue un objectif national, mais reste loin d’être pleinement réalisée. »

Il a estimé que le Liban était ainsi confronté, dans un domaine essentiel de sa vie politique, à une « Constitution inachevée ». Il ne s’agit pas, a-t-il précisé, d’une absence de Constitution, mais du fait que certaines de ses dispositions sont devenues des pratiques établies, tandis que d’autres sont reportées à la faveur d’accords politiques. C’est là que réside le paradoxe : la Constitution devrait être la norme suprême régissant la vie politique, mais, au Liban, les rapports de force politiques et confessionnels finissent parfois par déterminer dans quelle mesure elle est appliquée. Cette situation conduit à un problème plus grave encore : lorsque les compromis politiques se substituent aux institutions, l’État de droit se transforme en un « État de compromis ».

Cheikh Al-Khatib a fait remarquer que le compromis n’était pas mauvais en soi et que le Liban, pays caractérisé par sa diversité, ne pouvait être gouverné sans concertation. Toutefois, a-t-il souligné, le compromis devient problématique lorsqu’il cesse d’être un moyen de préserver la stabilité pour se transformer en instrument de blocage des réformes et de contournement de la responsabilité publique.

Faisant référence au rapport du Fonds monétaire international (FMI) publié en 2026 sur la gouvernance et la corruption au Liban, il a indiqué que l’institution avait alerté sur les faiblesses institutionnelles ainsi que sur les défaillances en matière de gouvernance, de contrôle, d’application de la loi et de gestion des finances publiques. Selon lui, ces facteurs entravent le redressement économique et une croissance inclusive. Le problème ne réside donc pas uniquement dans le manque de nouvelles lois, mais aussi dans la nécessité de faire appliquer celles qui existent déjà. Le Liban souffre moins d’une absence de textes que d’un manque de volonté politique et de la capacité des institutions à traduire les textes en actes.

Il a ajouté que, même si la guerre prenait fin, le Liban ne retrouverait pas automatiquement la stabilité. Le pays reste confronté à une crise économique profonde et doit notamment reconstruire son secteur bancaire, traiter la question de la dette publique, remettre en état ses infrastructures et rebâtir les régions endommagées. « Notre crise ne se résume pas aux chiffres figurant dans les rapports internationaux. Elle se traduit par des salaires et des droits qui ne sont pas versés, des familles incapables de payer leurs factures, des jeunes qui ne trouvent pas d’emploi et des citoyens qui, malgré le paiement de leurs impôts, ne bénéficient pas des services publics », a-t-il déclaré.

Le vice-président du Conseil supérieur islamique chiite a affirmé que les Libanais attendaient un plan clair et transparent. Ils veulent savoir ce qu’il adviendra de leurs dépôts bancaires, comment les banques seront restructurées, selon quels critères les pertes seront réparties et comment les recettes publiques pourront être augmentées sans faire peser une pression supplémentaire sur les classes moyennes. Il a également rappelé qu’en septembre, le Fonds monétaire international avait souligné la nécessité de mener à bien les réformes bancaires et budgétaires et d’adopter un cadre budgétaire à moyen terme.

Poursuivant son intervention, il a expliqué que cette situation plaçait le gouvernement face à une équation difficile : les citoyens ont besoin d’une augmentation de leurs revenus dès maintenant, mais l’État ne peut pas non plus dépenser sans limites. La solution ne consiste ni à bloquer indéfiniment les droits et les revenus de la population, ni à accorder des augmentations salariales sans disposer de ressources réelles pour les financer. Elle passe par l’intégration des droits, des revenus et des réformes financières dans un programme unique et cohérent.

Lorsque les prix augmentent, que les services publics se dégradent et que les solutions tardent à être mises en œuvre, les citoyens finissent par envisager de descendre dans la rue. Il ne faut pas considérer les manifestations populaires uniquement sous l’angle d’un problème de sécurité : les protestations pacifiques constituent un droit politique et civil, mais elles révèlent également un dysfonctionnement dans les relations entre les citoyens et l’État. L’enjeu est que ces manifestations restent pacifiques, que les revendications soient clairement formulées et que le gouvernement y apporte une réponse politique et institutionnelle.

« Un gouvernement qui n’entend pas la voix du peuple au sein des institutions finira par l’entendre dans la rue », a-t-il averti. Mais, selon lui, la perte de l’espoir est plus dangereuse encore que les manifestations elles-mêmes. Il est possible de négocier avec un citoyen en colère ; en revanche, un citoyen qui a perdu toute confiance dans l’ensemble du système risque de devenir indifférent au sort même de l’État.

Cheikh Al-Khatib a poursuivi : « Au regard de l’ensemble des événements en cours, deux modèles se dessinent. Le premier consiste à continuer de gérer les crises au Liban à coups de solutions de fortune : ici, un compromis politique ; là, le report d’une loi ; ailleurs, une mesure provisoire pour résoudre les problèmes des banques, une augmentation temporaire des salaires, une aide internationale après chaque crise, des négociations après chaque guerre et un cessez-le-feu qui ne se transforme jamais en paix durable. Ce modèle maintient le Liban dans une situation d’attente permanente. »

Il a ajouté : « Le second modèle consiste à passer de la gestion des crises à la construction de l’État. Cela suppose d’appliquer intégralement la Constitution, sans sélection arbitraire de ses dispositions, de mener à terme les réformes prévues par l’accord de Taëf, de renforcer l’indépendance du pouvoir judiciaire, les mécanismes de contrôle et l’obligation de rendre des comptes, de mettre en place une administration publique fondée sur le mérite, de promouvoir la décentralisation administrative dans le respect de l’unité de l’État et de soutenir l’armée ainsi que les forces légales afin que l’État soit en mesure de protéger ses frontières.

« La solution passe également par la fin de l’occupation et des agressions israéliennes, conformément au droit et aux résolutions internationales, de manière à ce que la question des armes de la Résistance soit traitée dans le cadre d’une stratégie nationale de défense clairement définie, et non dans celui d’un conflit intérieur. Elle exige aussi une réforme du secteur bancaire et la protection des droits des déposants selon des règles équitables et durables, ainsi que la mise en place d’un véritable filet de protection sociale. Enfin, la lutte contre la corruption doit cesser d’être un simple slogan électoral et s’appuyer sur des institutions indépendantes et efficaces. »

Selon lui, le problème auquel le Liban est confronté aujourd’hui ne tient pas seulement au fait qu’Israël occupe certaines parties de son territoire, que des armes échappent au contrôle de l’État, que l’économie traverse une crise ou que le gouvernement subisse des pressions financières. « Le problème est plus profond : l’État libanais lui-même n’est pas encore pleinement constitué. Nous avons une Constitution, mais son application reste incomplète ; nous disposons d’institutions, mais leur efficacité est inégale. La véritable question n’est donc pas de savoir si nous sommes pour ou contre ce gouvernement, ni si nous soutenons telle ou telle faction. La question est de savoir si nous voulons un État pleinement constitué ou si nous souhaitons continuer à gérer le Liban avec un “demi-État”, une “demi-Constitution” et des “demi-solutions”. »

Il a poursuivi : « Un État pleinement constitué ne signifie pas un État dirigé contre une communauté confessionnelle, un parti ou une région. Cela signifie un État qui se place au-dessus de tous, protège chacun, demande des comptes à tous et se soumet lui-même à la loi. L’État ne doit pas se substituer aux institutions, pas plus que l’aide étrangère ne doit se substituer aux réformes. »

Cheikh Al-Khatib a souligné : « Nous avons besoin d’une équation différente : la souveraineté face à l’occupation, l’État face au chaos, la réforme face à l’effondrement, la justice face au favoritisme et une Constitution pleinement appliquée face à son application sélective.

« Le Liban n’a pas besoin d’une nouvelle demi-solution. Il doit achever le processus engagé avec l’adoption de l’accord de Taëf : un État unique, des institutions unifiées, une loi commune et une souveraineté unique. Si cette voie est difficile, l’alternative consiste à rester enfermés dans le même cycle : la guerre, puis les négociations ; la crise, puis le compromis ; l’effondrement, puis l’aide étrangère ; la colère populaire, puis les promesses, avant de revenir, une fois encore, au point de départ. »

En conclusion, Cheikh Al-Khatib a déclaré : « La construction de l’État est le chemin le plus long, mais c’est le seul qui puisse rendre le Liban plus résistant aux guerres, moins dépendant de l’extérieur et mieux à même de protéger ses citoyens et leurs droits. Au Liban, le problème ne tient pas uniquement à une Constitution défectueuse : il tient aussi au fait que nous n’avons pas encore achevé la construction de l’État qu’elle est censée organiser. Le défi actuel consiste à transformer le texte en institutions, les institutions en un État et l’État en un véritable protecteur des citoyens. »

Cheikh Ali Al-Khatib alerte sur les défaillances de l’État libanais et appelle à des réformes structurelles

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