(A.P.Hawzah) – Deux ans après le martyre du secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, sa disparition n’a jamais réussi à le soustraire au champ de la Résistance ni à la conscience de la Oumma. Tombé en martyr au cœur de la confrontation, Sayyed Nasrallah a laissé derrière lui une voie, une pensée, une expérience et un héritage qui sont désormais devenus partie intégrante de la mémoire de la Résistance et de la conscience de ses générations. Les différents fronts auxquels il était attaché continuent, quant à eux, de porter son empreinte, du Liban à la Palestine, au Yémen et sur les autres théâtres de confrontation.
Dans une analyse consacrée à cette présence qui perdure, Saleh Al-Kamichi, écrivain et chercheur politique libyen, a déclaré dans un entretien accordé au site d’information Al-Ahed que le temps écoulé depuis le martyre de Sayyed Nasrallah ne signifie pas que son absence soit devenue une réalité ordinaire. Bien au contraire, son image semble d’autant plus présente que la confrontation s’élargit et que la Oumma ressent davantage le besoin d’un modèle de constance, de clairvoyance et de courage.
Un an après son martyre, le dirigeant reste présent
Al-Kamichi estime que ce que les combattants acquièrent sur le terrain en matière de fermeté, d’endurance et d’innovation dans les moyens et les tactiques est en train d’écrire un nouveau chapitre de l’histoire militaire. Il souligne que la Résistance n’a jamais été tributaire de la présence d’un seul homme, aussi considérable et éminente que puisse être la place occupée par ce dirigeant.
De la fabrication de l’espoir à la construction de la victoire
Al-Kamichi est revenu sur l’une des réalisations majeures de Sayyed Nasrallah. Selon lui, celui-ci a rendu à la Oumma la conviction que la résistance était possible et qu’elle pouvait parvenir à la victoire, alors que, dans l’esprit de nombreux peuples, s’était progressivement installée l’image d’une impuissance et d’une soumission face à la supériorité américano-sioniste.
Il explique que le premier « miracle » accompli par Sayyed Nasrallah résidait dans « l’espoir en la capacité de la Résistance à parvenir à la victoire », notamment après l’expérience de 2006. À cette époque, la Résistance avait réussi, selon lui, à instaurer une nouvelle équation face à l’ennemi sioniste et à démontrer que la supériorité militaire ne signifiait pas nécessairement disposer de la volonté de vaincre.
Al-Kamichi évoque également une période au cours de laquelle une grande partie des régimes arabes officiels avait atteint un état de soumission, tandis que l’idée même de s’opposer à l’occupation semblait, pour beaucoup, relever d’une illusion sans fondement.
Il cite les positions de l’ancien président libanais Émile Lahoud comme un exemple de rejet de cette orientation. Par la suite, estime-t-il, l’expérience de la Résistance sous la direction de Sayyed Nasrallah a donné à ce « refus » une véritable capacité d’action sur le terrain, le transformant en une dynamique capable de modifier les rapports de force.
Sayyed Nasrallah, incarnation du leadership dans la pensée comme sur le terrain
Al-Kamichi explique que la personnalité de Sayyed Nasrallah réunissait les qualités d’un dirigeant politique et une profonde clairvoyance du terrain. Il était sincère dans ses positions, profond dans ses analyses, sage dans ses choix et courageux au moment de l’affrontement.
Il décrit Sayyed Nasrallah comme une incarnation vivante de l’Imam Ali, l’Émir des croyants (as) , notamment à travers les qualités de sagesse, de courage et d’audace qu’il lui attribue. Il insiste sur le fait que ces qualités n’étaient pas de simples slogans prononcés lors de cérémonies ou d’occasions particulières, mais qu’elles se manifestaient concrètement dans sa manière d’exercer la politique, de conduire la Résistance et d’entretenir ses relations avec les combattants et la Oumma.
C’est pourquoi Al-Kamichi ne réduit pas l’héritage de Sayyed Nasrallah aux seules victoires militaires remportées sous sa direction. Il y voit également un héritage intellectuel, moral et humain à travers lequel celui-ci a redéfini la notion de leadership à l’ère des défaites, en associant la responsabilité au sacrifice, la puissance à la clairvoyance et la victoire à la patience et à la capacité de résilience.
Un phare pour les hommes libres et les opprimés
Al-Kamichi souligne que Sayyed Nasrallah n’était pas seulement un dirigeant libanais. Il était devenu, selon lui, un phare pour tout homme libre, opprimé ou démuni, ainsi qu’un modèle dépassant les frontières, les appartenances géographiques et les clivages confessionnels.
Il a enseigné à des générations de combattants que la voie de la liberté ne se construit pas avec de simples aspirations, mais qu’elle se parcourt avec patience, volonté, conscience et une compréhension juste des réalités du terrain.
Sayyed Nasrallah a démontré, selon Al-Kamichi, que la Résistance n’était pas simplement une « réaction » à l’occupation, mais un projet global capable de faire émerger une nouvelle conscience et d’ouvrir la voie à des transformations plus profondes dans la région et dans le monde.
Il a ainsi fait de la Résistance un projet qui dépasse les limites de l’affrontement direct avec l’occupant pour s’inscrire dans une lutte plus large contre un système de domination et d’exploitation qui cherche à maintenir les peuples de la région dans une position de dépendance et d’impuissance.
La Résistance face au projet américano-sioniste
Al-Kamichi souligne que ce qui se déroule aujourd’hui ne constitue plus un affrontement limité entre deux parties, mais une confrontation de grande ampleur liée à un projet politique, militaire, culturel et économique qui cherche à soumettre la région et à la remodeler de manière à servir les intérêts américano-sionistes.
Face à ce projet, il estime que le rôle de la Résistance en tant que force capable de briser l’image d’invincibilité que l’occupant et ses alliés cherchaient à imposer prend une importance particulière.
Selon Al-Kamichi, les affrontements successifs ont mis en évidence le rôle de la Résistance en tant que force capable de révéler les failles internes du dispositif adverse et de montrer l’ampleur de sa dépendance à l’égard du soutien américain et occidental.
Il affirme également que la persévérance des combattants et le développement de leurs capacités, associés à la créativité technique et tactique observée sur les différents champs de bataille, ont montré que la confrontation ne se déroulait plus selon les seules règles fixées par l’adversaire.
La Résistance, poursuit-il, est capable d’adapter et de développer ses outils et ses méthodes en fonction de la nature de la bataille.
L’Iran, soutien stratégique de la Résistance
Al-Kamichi s’est également attardé sur le rôle de l’Iran dans le soutien à la Résistance. Il affirme que l’Iran constitue le sommet et le pilier central de l’ensemble de la Résistance et que son soutien ne se limite pas au domaine militaire, mais englobe également les dimensions culturelle, scientifique, de l’ingénierie et technique, en plus du volet militaire.
Il souligne par ailleurs que l’Iran a payé un lourd tribut face aux pressions, au blocus et aux menaces auxquels il a été confronté.
Selon lui, ce soutien a contribué à créer un environnement permettant d’assurer la continuité et la résilience. Il estime également que la bataille menée par la Résistance ne peut être dissociée d’une confrontation plus large portant sur l’indépendance de la décision, la souveraineté et le droit des peuples à choisir leur propre voie, à l’écart des injonctions et des diktats étrangers.
De Sanaa à Gaza et au sud du Liban, un même front
À l’occasion de l’anniversaire du martyre de Sayyed Nasrallah, Al-Kamichi a évoqué les martyrs de la bataille du « Déluge d’Al-Aqsa » ainsi que ceux tombés sur les différents fronts de la Résistance, de Sanaa à Gaza et au sud du Liban.
Il a ajouté que le sang de ces martyrs se rejoignait autour d’une même cause et que leurs sacrifices confirmaient l’unité de la bataille face à l’occupation et au projet de domination.
Al-Kamichi adresse également son hommage aux combattants qui continuent de tenir leurs positions sur le terrain, ainsi qu’à tous ceux qui poursuivent le combat, font preuve de patience et consentent des sacrifices.
Il rend également hommage aux médias de la Résistance qui accompagnent cette bataille et s’efforcent d’en transmettre la réalité face à un vaste système médiatique qui cherche, selon lui, à déformer les faits et à inverser la réalité.
Il insiste sur le fait que la bataille médiatique n’est pas une question secondaire, mais qu’elle constitue une partie intégrante de la confrontation elle-même. Ce qui se passe sur le terrain ne produit pleinement ses effets que lorsque cela atteint la conscience des populations et que le récit que l’occupant et ses alliés ont tenté d’imposer au monde est remis en cause.
Le martyre, une continuité et non une fin
Ce chercheur politique libyen souligne que le martyre de Sayyed Nasrallah ne doit pas être considéré comme la fin du parcours d’un dirigeant, mais comme une nouvelle étape sur la voie de la Résistance.
Son martyre n’a pas clos l’expérience de Sayyed Nasrallah ; il lui a, au contraire, donné une dimension plus large et transformé le dirigeant en un symbole que les générations se transmettent et auquel elles reviennent à chaque nouvelle étape de la confrontation.
Il affirme que les martyrs laissent moins un « vide » qu’un « modèle ». La valeur de Sayyed Nasrallah réside précisément, selon lui, dans le fait qu’il a légué aux générations une véritable école du djihad, de la patience, de la persévérance et de la détermination.
Une école qui ne s’arrête pas à sa personne, mais qui se perpétue à travers chaque combattant portant la même cause et poursuivant la même voie.
Al-Kamichi estime que l’héritage laissé par Sayyed Nasrallah est indissociable de la trajectoire plus large de la Résistance, qui a proposé une lecture de l’islam fondée sur l’« action » et l’« émancipation », tout en établissant une distinction entre un islam porteur des valeurs de dignité, d’honneur et de solidarité avec les opprimés, et des lectures utilisées pour justifier la soumission, la division et l’égarement.
Ainsi, selon Al-Kamichi, la mémoire de Sayyed Nasrallah n’est pas seulement l’occasion de revenir sur le passé. Elle constitue également une occasion de remettre son projet au cœur du présent : le projet de la Résistance, de l’unité de la Oumma, du refus de la domination, de l’attachement à la Palestine et de la conviction que, aussi longue que soit la voie de la liberté, elle trouvera toujours des hommes et des femmes prêts à l’emprunter.
Al-Kamichi a conclu son propos en adressant ses salutations à Sayyed Nasrallah ainsi qu’à l’ensemble des martyrs de la Résistance. Il a affirmé que leur sang n’avait pas été versé en vain et que la voie qu’ils avaient ouverte par leurs sacrifices resterait ouverte aux générations tant qu’il y aurait, au sein de la Oumma, des personnes convaincues que la dignité ne se donne pas, que la liberté ne se mendie pas et que la Palestine mérite que des vies soient sacrifiées pour elle.





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