(A.P.Hawzah) Les premiers jours du mois de Rabi al-Awwal sont marqués, pour les chiites, par deux événements majeurs et étroitement liés :
Le martyre de l’Imam al-Hassan al-Askari (que la paix soit sur lui), qui plonge les cœurs des croyants dans le deuil du onzième Imam des musulmans chiites, et l’anniversaire du début de l’Imamat de Son Excellence, l'Imam du Temps (que Dieu hâte sa noble apparition), qui place devant nous l’horizon des responsabilités du chiite durant l’époque de l’Occultation.
C’est pourquoi ce jour, connu dans la culture chiite comme la « fête de l’allégeance », peut constituer une occasion de réexaminer notre engagement et de prendre conscience de nos devoirs à l’égard de l’Imam vivant et présent. Cette circonstance soulève des questions importantes pour ceux qui vivent dans l’attente. Afin d’approfondir ces interrogations, nous nous sommes entretenus avec Hodjat al-Islam wa-l-Mouslimîne Mohammad-Reza Nassouri, spécialiste des questions mahdawites. Le fruit de cet entretien est une relecture des responsabilités de ceux qui attendent, dans le renouvellement de leur engagement envers l’Imam du Temps (que Dieu hâte sa noble apparition), que nous présentons à nos honorables lecteurs.
Questions
L’entretien s’articule autour de trois axes :
1. La nature de la fête de l’allégeance
2. L’allégeance durant l’Occultation
3. Le rapport entre Achoura et le mahdawisme
Le 9 Rabi al-Awwal :
une fête ou un jour de renouvellement de l’allégeance ?
En ce qui concerne le terme « fête », nous ne disposons pas d’un document suffisamment authentique et explicite permettant d’établir que le 9 Rabî al-Awwal doit être considéré comme une « fête » ou qu’une célébration particulière lui est consacrée. Ce qui revêt une importance certaine, c’est le 8 Rabî al-Awwal, anniversaire du martyre de l’Imam al-Hasaan al-Askari (que la paix soit sur lui).
Il était de coutume, parmi les chiites, le jour du martyre de chacun des Imams, de présenter leurs condoléances à l’Imam qui lui succédait et, simultanément, de renouveler leur allégeance envers le nouvel Imam. Cette tradition occupait une place reconnue dans la pratique des chiites à l’égard des Imams (que la paix soit sur eux).
Aujourd’hui également, notre Imam vivant et présent est Son Excellence le Wali al-‘Asr (que Dieu hâte sa noble apparition). Il convient donc qu’en ces jours nous renouvelions notre allégeance à Sa Sainte Person, que nous réexaminions notre engagement envers Lui et que nous évaluions le degré de notre fidélité à cet engagement, afin que, par la grâce de Dieu, nous puissions jouer un rôle véritablement efficace dans la préparation des conditions de la réapparition et dans l’accomplissement de la mission liée au hâter du فرج de l’Imam al-Hodjat (que Dieu hâte sa noble apparition).
Le début de l’Imamat de l’Imam al-Mahdi (que Dieu hâte sa noble apparition) :
le 9 Rabi, une occasion de relire notre engagement
En réponse à la question de savoir si le 9 Rabi al-Awwal est reconnu comme la fête marquant le début de l’Imamat, il faut répondre par l’affirmative, dans ce sens que le 8 Rabi al-Awwal étant l’anniversaire du martyre de l’Imam al-Hassan al-Askari (que la paix soit sur lui), il n’est pas convenable de considérer cette journée comme le moment d’une célébration et d’une allégeance festive à l’Imam ; notre devoir ce jour-là consiste plutôt à présenter nos condoléances à l'Imam al-Mahdi (que Dieu hâte sa noble apparition).
Le 9 Rabi al-Awwal, en raison du commencement de l’Imamat de l’Imam al-Hodjat (que Dieu hâte sa noble apparition), est considéré comme un jour de renouvellement de l’allégeance envers l’Imam du Temps (que Dieu hâte sa noble apparition). L’importance de cette allégeance nous appelle à renouveler, en ce jour, notre pacte avec notre Imam et à demander à Dieu de nous accorder la réussite afin de demeurer fidèles à cet engagement et de jouer un rôle efficace dans l’accomplissement de la mission du فرج de l’Imam al-Hodjat (que Dieu hâte sa noble apparition).
L’allégeance à l’Imam :
un engagement fondé sur la connaissance et l’acceptation de la Wilayah
La différence entre le pacte, l’acceptation de la Wilayah et l’attente réside dans la fonction et le statut de chacun de ces concepts. L’allégeance comporte assurément des clauses et des engagements précis, et l’être humain doit se considérer tenu de respecter ces engagements.
Lorsque nous parlons d’allégeance, nous devons d’abord déterminer ce que l’Imam du Temps (que Dieu hâte sa noble apparition) attend de nous ; ensuite, sur cette base, conclure un pacte et prendre l’engagement de demeurer fidèles à cette allégeance. Tout cela constitue une manifestation de l’acceptation de la Wilayah par l’être humain.
L’acceptation de la Wilayah signifie que l’homme règle le chemin de sa vie, son comportement, sa pensée et ses décisions selon la volonté et la satisfaction de son Imam. Mais puisque nous vivons durant la période de l’Occultation, notre devoir est l’attente.
Or l’attente n’est ni immobilisme, ni passivité, ni simple observation. Elle signifie l’action, le jihâd, la préparation et l’effort en vue de soutenir et d’assister l’Imam.
La Du‘â’ al-‘Ahd :
un lien quotidien entre celui qui attend et son Imam
Les attentes de l’Imam du Temps (que Dieu hâte sa noble apparition) à l’égard de ceux qui attendent sont notamment évoquées dans la Du‘â’ al-‘Ahd. L’Imam al-Sâdiq (que la paix soit sur lui) a recommandé que l’être humain renouvelle chaque matin son engagement envers son Imam :
اللَّهُمَّ إِنِّی أُجَدِّدُ لَهُ فِی صَبِیحَةِ یَوْمِی هَذَا عَهْداً وَعَقْداً وَبَیْعَةً
« ‘Ahd » signifie conclure un pacte ; « ‘aqd » signifie que l’homme se lie à son Imam ; et « bay‘ate » signifie qu’il demeure fidèle à cet engagement, qu’il le confirme et qu’il y persévère.
L’une des demandes les plus importantes de la Du‘â’ al-‘Ahd est la suivante :
اللَّهُمَّ اجْعَلْنِی مِنْ أَنْصَارِهِ وَأَعْوَانِهِ
Nous demandons à Dieu de faire de nous des partisans et des auxiliaires de l’Imam. L’être humain doit s’efforcer d’atteindre le rang de ceux qui aident l’Imam ; il est donc nécessaire de connaître les caractéristiques des compagnons de Son Excellence et d’organiser, à partir de ces caractéristiques, son comportement, son éducation, son mode de vie, sa pensée et sa vision du monde.
Le terme « a‘wân » signifie également les auxiliaires et les soutiens. Ainsi, celui qui attend véritablement doit se construire de telle manière qu’il puisse, dans la pratique, être un véritable assistant et soutien de l’Imam du Temps.
Comment les compagnons de l’Imam sont-ils formés ?
Ce chemin exige la formation des cadres, la constitution de réseaux et l’éducation d’êtres humains compétents. Celui qui attend véritablement doit œuvrer à la réalisation de ces objectifs.
Il doit également faire partie de ceux qui sont désignés par l’expression «الذّابّین عنه», c’est-à-dire ceux qui défendent l’Imam face aux doutes, aux ambiguïtés et aux شبهات.
L’expression «وَالمُحامینَ عَنه» signifie également soutenir et protéger l’Imam. Ce soutien peut être offert par sa vie, ses biens, son temps et ses capacités.
De même que nous consacrons des ressources à l’Imam martyr, que nous lui consacrons notre temps et que nous dépensons de nos moyens sur Son chemin, nous devons également ressentir une telle responsabilité à l’égard de l’Imam vivant et présent.
Ce soutien prend forme aussi bien dans le jihâd contre l’âme, dans la maîtrise des passions et dans l’abstention du péché, que dans la mobilisation de ses biens, de ses capacités, de son temps et de ses potentialités sociales au service des objectifs de l’Imam.
Dans la Du‘â’ al-‘Ahd, nous demandons à Dieu de nous compter parmi «السّابقینَ إلی إرادته», c’est-à-dire parmi ceux qui ne restent pas dans l’immobilisme et l’attente passive, mais qui prennent les devants et se montrent pionniers dans la réalisation de la volonté et des objectifs de l’Imam.
Cette primauté doit s’inscrire dans une vision idéale et civilisationnelle de la question de la réapparition. Tant que les conditions nécessaires à l’instauration d’une nouvelle civilisation islamique ne seront pas réunies, la réapparition ne pourra se réaliser dans toute sa plénitude.
Ainsi, l’homme doit harmoniser son comportement et son mode de vie avec les idéaux de l’Imam du Temps (que Dieu hâte sa noble apparition), parmi lesquels figurent la souveraineté du monothéisme au sein de la société, l’extension de la spiritualité et l’instauration de la justice.
La période de l’Occultation est le champ d’entraînement et de préparation à la réalisation de ces objectifs. Plus encore, celui qui attend doit atteindre le rang mentionné dans l’expression «وَالمُستَشهَدینَ بَینَ یَدَیه», c’est-à-dire être prêt à offrir toute son existence au service de l’Imam et à se sacrifier à Ses côtés.
Les pactes de celui qui attend :
de la connaissance et de l’amour jusqu’au comportement
La description des principaux engagements peut être formulée selon trois dimensions.
Premièrement, le pacte cognitif et doctrinal : l’être humain doit progresser, en matière de connaissance, de savoir et de ma‘rifah, dans sa compréhension de l’Imam et de Ses objectifs.
Deuxièmement, le pacte comportemental : il doit organiser son comportement et son mode de vie de telle manière qu’ils soient conformes à ce qui satisfait l’Imam.
Troisièmement, le pacte affectif : il doit renforcer en lui l’amour de l’Imam du Temps, son attachement à Sa Sainte Person et son aspiration ardente à Sa réapparition.
Il faut élaborer une véritable programmation pour ces dimensions cognitive et affective de l’engagement ; il convient d’expliquer les beautés de la personnalité de l’Imam, Ses nobles objectifs et les bénédictions qu’apportera à la société Son gouvernement, afin que les cœurs aspirent au Maître du Temps (que Dieu hâte sa noble apparition) et que les êtres humains avancent vers Lui avec connaissance et amour.
Il y a également le pacte d’obéissance : l’homme doit se compter parmi «الممتثلین لأوامره», c’est-à-dire parmi ceux qui se conforment à Ses commandements et s’exercent à l’obéissance.
Durant l’époque de l’Occultation, la voie de cet entraînement passe par l’obéissance aux savants de la religion et au Walî al-Faqîh, afin que l’homme se prépare à obéir à l’Imam du Temps (que Dieu hâte sa noble apparition), dont la mission est de transformer l’ordre mondial.
Comme le dit le Saint Coran, dans la sourate al-Tawbah (9), verset 33 :
هُوَ الَّذِی أَرْسَلَ رَسُولَهُ بِالْهُدَی وَدِینِ الْحَقِّ لِیُظْهِرَهُ عَلَی الدِّینِ کُلِّهِC’est Lui qui a envoyé Son messager avec la bonne direction et la religion de la vérité, afin qu’elle triomphe sur toute autre religion, quelque répulsion qu’en aient les associateurs.
De Karbalâ’ à notre époque :
le critère de l’identité husaynienne à notre époque
À la question de savoir s’il est possible d’être husaynien sans être mahdawite, il faut répondre que le Saint Coran dit :
یَوْمَ نَدْعُو کُلَّ أُنَاسٍ بِإِمَامِهِمْLe Jour où Nous appellerons chaque peuple avec son Imam.
Nous vivons aujourd’hui à l’époque de l’Imamat de l'Imam al-Mahdi (que Dieu hâte sa noble apparition). Par conséquent, notre vie doit être une vie mahdawîte et une vie de véritable attente.
Certes, nous devons tirer des enseignements de la culture et de la conduite de l’ensemble des Imams — de l’époque ‘alawite, hassanienne, husaynienne, razawite et des autres Imams (que la paix soit sur eux) — mais nous ne pouvons nous contenter de prétendre que, si nous avions été présents à Karbala, nous aurions agi comme Zuhayr ibn al-Qayn.
Le véritable critère est notre comportement face à notre Imam du Temps (que la paix soit sur lui).
Aujourd’hui, le simple fait de maudire les ennemis des Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux) ne suffit pas. Il faut voir dans quelle mesure nous avançons, face aux courants contemporains d’oppression et d’arrogance, sur la voie de l’Imam al-Husayn (as) et de Ses compagnons, et comment nous définissons notre relation avec l’Imam du Temps (que Dieu hâte sa noble apparition).
Nous devons donc tirer des enseignements du véritable courant de Achoura et du soulèvement de l’Imam al-Hussain (que la paix soit sur lui).
De la culture rouge de Achoura à la culture verte de l’attente :
préparer les conditions du soulèvement mahdawite
Il existe un lien profond et particulier entre l’Imam al-Hussain (que la paix soit sur lui) et l’Imam du Temps (que Dieu hâte sa noble apparition).
Selon certaines traditions rapportées, lorsque Son Excellence apparaîtra, après avoir quitté La Mecque et être entré à Médine, Il se dirigera vers Kûfa et poursuivra la voie de Son ancêtre, Abâ ‘Abd Allah al-Hussain (que la paix soit sur lui). Le slogan des compagnons de Son Excellence sera également :
یالثارات الحسین
Cela montre le lien profond qui unit le soulèvement de Achoura au soulèvement mondial de l’Imam du Temps (que Dieu hâte sa noble apparition).
Si nous parvenons, grâce à la culture rouge de Achoura, à être durant l’époque de l’Occultation des hommes et des femmes de soulèvement, de résistance et de réforme, et si, grâce à la culture verte de l’attente, nous demeurons dans l’espérance de la réapparition et travaillons à en préparer les conditions, nous pourrons alors orienter la société sur la voie de la réforme et de la mise en pratique des enseignements des Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux).




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