(A. P. Hawzah) Le Guide martyr de la Révolution islamique, l’Ayatollah Sayyed Ali Khamenei considérait la méditation, la réflexion approfondie sur le Coran et sa compréhension comme un devoir incombant à chaque membre de la société. À ce sujet, il déclarait :
Nous estimons que tous les membres de la société doivent entretenir un lien avec le Coran, être capables de le lire, de le comprendre et de le méditer. (10 juillet 2013)
La méditation sur le Coran (tadabbur) ne consiste pas uniquement à lire les versets ou à en connaître la traduction et le sens apparent. Elle implique également de réfléchir à leurs messages, de prêter attention à leurs différentes strates de signification et de découvrir les liens qui unissent les diverses composantes du savoir coranique.
Supposons maintenant qu’un chercheur ait étudié séparément le sens de chaque notion coranique et qu’il en ait acquis une connaissance relativement approfondie. Il aurait, par exemple, examiné dans différents versets les notions de foi, de justice, de piété ou de responsabilité. Une question se pose alors : la connaissance isolée de ces notions suffit-elle à comprendre l’ensemble organisé des enseignements coraniques ? Comment peut-on déterminer les relations qui les unissent et comprendre de quelle manière elles contribuent, ensemble, à former un système de pensée cohérent ?
C’est à ce stade qu’intervient l’une des étapes essentielles de la recherche coranique : le « réseau conceptuel ».
Le Coran n’est pas un ensemble de notions éparses
Le Noble Coran n’est pas un recueil de messages isolés et dépourvus de liens entre eux, dont chaque verset ou chaque notion pourrait être pleinement compris sans tenir compte des autres versets et notions. De nombreux concepts coraniques sont interdépendants et, dans bien des cas, leur compréhension approfondie dépend de l’identification de leurs rapports avec d’autres concepts.
Ainsi, il n’est pas possible d’étudier pleinement la notion de « foi » indépendamment de notions telles que les bonnes œuvres, la piété, la guidance divine, la patience et la responsabilité. En effet, ces notions contribuent à éclairer les différentes dimensions de la foi et ses effets. De même, la notion de « justice », sans l’examen de concepts tels que l’injustice, le droit, le devoir et la responsabilité, ne permet pas, à elle seule, d’obtenir une représentation complète de la place qu’occupe la justice dans l’ensemble des enseignements coraniques.
Par conséquent, pour accéder à une compréhension précise des enseignements du Coran, il ne suffit pas de connaître séparément le sens de chaque notion : il faut également étudier les relations qui les unissent.
C’est peut-être la raison pour laquelle le Guide martyr de la Révolution soulignait constamment que la méditation sur chaque page du Coran pouvait permettre de découvrir des dizaines d’enseignements essentiels et applicables à la vie de l’homme contemporain. Cela montre que les enseignements coraniques comportent plusieurs niveaux de signification et que nombre de leurs messages ne peuvent être pleinement découverts qu’en prenant en considération les liens entre les versets et les notions.
Qu’entend-on par réseau conceptuel ?
On entend par « réseau conceptuel » un ensemble de notions reliées entre elles par des relations susceptibles d’être identifiées, étudiées et analysées.
Pour mieux comprendre cette notion, prenons un exemple simple : l’unicité divine, la servitude envers Dieu, la responsabilité, l’action et la réforme de la vie.
Dans une première approche, ces notions peuvent être reliées sous la forme de la chaîne suivante :
« Tawḥîd (unicité divine) ← servitude envers Dieu ← responsabilité ← action ← réforme de la vie »
Le sens général de cette chaîne est le suivant : la croyance en l’unicité de Dieu (tawḥîd) influence la conception que l’être humain se fait de l’existence ainsi que sa relation de servitude envers Dieu. Cette servitude s’accompagne d’un sentiment de responsabilité ; celle-ci doit ensuite se manifester dans le comportement et les actes de l’individu et, en définitive, contribuer à la réforme de sa vie personnelle et sociale.
Il convient toutefois de préciser que cette chaîne n’est ici qu’un exemple pédagogique destiné à expliquer le principe de la mise en réseau des concepts. Sans examen des versets et des sources fiables, il ne serait pas possible de présenter l’ensemble de ces relations comme des règles coraniques établies. La démonstration de chaque relation exige des preuves tirées du Coran ainsi qu’une analyse scientifique rigoureuse.
L’essentiel est de comprendre que, dans une étude fondée sur l’approche en réseau, la question du chercheur ne se limite plus à : « Que signifie cette notion ? » D’autres interrogations apparaissent : avec quelles autres notions est-elle liée ? Quels concepts la complètent ou en éclairent le sens ? Quelles notions s’y opposent ? Et quels effets ou quelles conséquences en découlent ?
Ainsi, l’étude du Coran dépasse une approche linéaire, qui consiste à examiner les versets séparément sans rechercher les liens qui les unissent, pour devenir une étude en réseau, fondée sur l'interconnexion des notions.
Les relations entre les notions doivent être découvertes, et non imposées au Coran
L’un des risques majeurs de la construction d’un réseau conceptuel consiste à laisser le chercheur établir, avant même l’examen des versets, des relations dans son propre esprit, puis à tenter de les attribuer au Coran.
À titre d’exemple, une personne peut avoir déjà adhéré à une théorie sociale, politique ou philosophique et, lors de son étude du Coran, ne retenir que les versets qui lui semblent compatibles avec cette théorie. Dans une telle démarche, au lieu de laisser les notions et leurs relations être découvertes à partir des versets, le chercheur projette sa propre interprétation et sa théorie personnelle sur le texte coranique.
C’est précisément le danger que les enseignements religieux désignent par l’expression « interprétation du Coran selon l’opinion personnelle » (tafsîr bi-l-ra’y), une pratique sévèrement condamnée dans la tradition islamique. Il s’agit d’interpréter les versets à partir de ses propres opinions et présupposés, sans s’appuyer de manière légitime sur les preuves et les règles reconnues de l’exégèse coranique.
À l’inverse, une démarche de recherche correcte exige que l’on progresse des preuves vers les conclusions, et non d’une conclusion préalablement établie vers la sélection des preuves. Autrement dit, il faut d’abord identifier et examiner les versets pertinents ; ensuite, dégager la notion étudiée à partir de l’ensemble des données coraniques ; puis analyser ses relations avec les autres notions ; enfin, et uniquement lorsque les preuves sont suffisantes et défendables, il devient possible d’en extraire un principe ou une règle générale.
L’ordre méthodologique approprié est donc le suivant :
En premier lieu, identifier et examiner les versets ; ensuite, procéder à l’analyse des notions ; puis découvrir et analyser les relations entre ces notions ; enfin, dégager des principes et des règles, à condition que les preuves disponibles justifient suffisamment cette conclusion.
Le respect de cet ordre constitue le principal moyen de prévenir l’intervention des préférences et des théories personnelles dans la compréhension du Coran.
Les différents types de relations entre les notions
Toutes les relations entre deux notions ne sont pas de même nature. Pour qu’une recherche coranique soit précise et scientifique, il faut déterminer selon quelle modalité exacte deux notions sont liées.
Parmi les principaux types de relations, on peut citer les suivants :
1. La relation de concomitance ou de cooccurrence : elle désigne le fait que deux notions apparaissent ensemble dans différents passages ou reviennent fréquemment dans un même contexte sémantique. Par exemple, l’examen des passages dans lesquels la foi et les bonnes œuvres sont mentionnées conjointement peut contribuer à éclairer la relation entre ces deux notions.
2. La relation d’opposition : elle concerne deux notions qui se situent en opposition l’une par rapport à l’autre, de sorte que la connaissance de l’une contribue à une meilleure compréhension de l’autre. On peut citer, par exemple, la foi et la mécréance, ou encore la justice et l’injustice.
3. La relation de causalité : elle signifie qu’une notion constitue la cause ou le facteur à l’origine d’une autre, ou que la seconde notion apparaît comme le résultat ou la conséquence de la première.
4. La relation de condition et de conditionné : elle indique que la réalisation d’un fait dépend de l’existence d’un autre élément, au point que, sans cette condition, le fait en question ne peut se réaliser ou ne peut atteindre son plein accomplissement.
5. La relation de finalité : elle désigne le rapport par lequel une notion représente l’objectif ou le résultat qu’une autre notion ou qu’un comportement cherche à atteindre.
6. La relation du général au particulier : elle signifie qu’une notion possède un champ sémantique plus vaste, tandis qu’une autre ne représente qu’une partie de ses manifestations ou de son domaine d’application.
7. La relation de contexte ou de cadre : elle désigne le fait qu’une notion crée les conditions ou le contexte dans lesquels une autre notion ou un comportement prend forme ou se réalise.
Cette classification montre qu’affirmer simplement que « la notion A est liée à la notion B » ne suffit pas dans le cadre d’une recherche scientifique. Le chercheur doit préciser la nature de cette relation et indiquer les preuves qui la confirment. Cette exigence de précision dans l’identification du type de relation permet d’éviter les interprétations générales et ambiguës, tout en renforçant la rigueur de la recherche coranique.
Du verset au réseau, et du réseau au système de pensée
Pour construire un réseau conceptuel, il faut naturellement partir d’un verset, sans pour autant limiter l’étude à ce seul verset. Le chercheur commence par identifier une notion centrale dans le verset, puis élargit progressivement le champ de son investigation en formulant des questions pertinentes :
Dans quels autres versets cette notion apparaît-elle ? À quelles autres notions est-elle associée ? Quelles notions s’y opposent ? Quelles conditions interviennent dans sa réalisation ? Quels effets et quelles conséquences en découlent ? Et quelle finalité poursuit-elle ?
En poursuivant ces interrogations et en examinant les preuves coraniques, la notion initiale se trouve progressivement reliée à d’autres notions, donnant ainsi naissance à un réseau de relations sémantiques.
Dans ce réseau, toutes les notions n’occupent pas la même place et n’ont pas la même importance. Certaines jouent un rôle fondamental et constituent le point d’appui de plusieurs autres notions ; d’autres expliquent les concepts principaux ou en éclairent les différentes dimensions ; certaines représentent les résultats et les conséquences de ces concepts ; enfin, d’autres possèdent une dimension pratique et se manifestent dans le comportement individuel et social de l’être humain.
Il se peut, par exemple, que l’analyse d’un réseau fasse apparaître une notion comme son axe central, tandis que plusieurs autres jouent un rôle dans son explication, son approfondissement ou sa réalisation. Toutefois, l’identification de ces différentes positions ne doit pas reposer sur les préférences du chercheur : elle doit être étayée par les versets et par l’analyse des relations entre les notions.
Il convient ici d’établir une distinction entre deux termes : « réseau » et « système ».
Le réseau met avant tout en évidence les relations entre les notions ; il montre de quelle manière les différents concepts sont reliés les uns aux autres. Le système, quant à lui, ne se contente pas de présenter ces relations : il possède également une structure cohérente. Autrement dit, les notions y occupent des positions et entretiennent des rapports déterminés. Certaines sont fondamentales et centrales, tandis que d’autres se situent à des niveaux secondaires. En outre, un système repose sur un fondement et une orientation précis, qui organisent l’ensemble des notions selon une direction intellectuelle cohérente.
Le Guide martyr de la Révolution considérait le système de pensée comme un ensemble cohérent reposant sur une vision du monde déterminée. Selon lui, cette vision du monde avait pour fondement le tawḥîd, c’est-à-dire l’unicité divine.
Le Guide martyr, l’Imam Khamenei, déclarait le 4 juin 2015 :
Le système de pensée de l’Imam […] repose et se fonde sur une vision du monde, laquelle consiste dans le tawḥîd (l’unicité divine).
Il déclarait également, le 5 avril 1995 :
Ce grand Imam était un homme profondément attaché au tawḥîd, et celui-ci traversait toute son existence. Dans tout son être, il reconnaissait Dieu, Sa grandeur et Sa puissance transcendante. C’est sur ce même fondement et selon cette même vision du monde qu’il s’est construit. Dans son foyer comme dans tous les aspects de sa vie, le tawḥîd, le nom et le souvenir de Dieu étaient constamment présents.
Il soulignait également que le « rejet de l’injustice, le rejet de l’arrogance hégémonique et le rejet du despotisme » constituaient des composantes importantes de ce système de pensée.
Ces déclarations montrent que, dans un système de pensée, les notions ne sont pas simplement juxtaposées les unes aux autres. Elles sont organisées à partir d’un fondement central et dans un cadre cohérent. Dans l’exemple évoqué, le tawḥîd constitue le fondement essentiel, tandis que des notions telles que le rejet de l’injustice, de l’arrogance hégémonique et du despotisme trouvent leur signification et leur place dans le cadre de cette même vision du monde.
L’identification des problématiques et les applications contemporaines
L’un des principaux avantages de la mise en réseau des notions est qu’elle permet de mobiliser les enseignements coraniques pour analyser les questions nouvelles et les besoins de la société contemporaine.
Prenons l’exemple d’une expression telle que la « responsabilité sociale ». Cette expression, dans sa formulation et son acception contemporaines, ne figure pas nécessairement de manière explicite dans le Coran. Cela ne signifie nullement que le Coran soit dépourvu de tout rapport avec cette problématique. Il est possible d’identifier les notions coraniques qui s’y rapportent, telles que la responsabilité, la justice, l’injustice, l’entraide, la réforme, le droit et le devoir, puis d’examiner les relations qui les unissent.
Autrement dit, il n’est pas nécessaire de rechercher impérativement, pour chaque nouvelle notion scientifique ou sociale, un terme qui lui corresponde exactement dans le Coran. Ce qui importe, c’est de découvrir les ressources conceptuelles et la capacité directrice des enseignements coraniques pour analyser cette problématique.
Pour mieux comprendre cette démarche, il convient de distinguer trois étapes :
Première étape : l’identification de la notion coranique. À ce stade, le chercheur, en se référant aux versets, identifie les notions qui entretiennent un lien direct avec le sujet étudié ; par exemple, les notions de responsabilité ou de justice.
Deuxième étape : l’analyse scientifique de la notion. Le chercheur examine alors les différentes dimensions de la notion identifiée ainsi que ses relations avec les autres concepts coraniques. Il étudie, par exemple, les rapports entre la responsabilité, le droit, le devoir, l’entraide et la réforme.
Troisième étape : l’application à une problématique contemporaine. Les résultats obtenus au cours des deux étapes précédentes sont alors mobilisés pour analyser une question concrète et actuelle. Ainsi, les potentialités de ces notions et les relations qui les unissent peuvent servir à exposer les fondements coraniques de la responsabilité sociale.
Cette distinction revêt une grande importance, car elle empêche d’attribuer directement au Coran une interprétation ou une application contemporaine sans avoir préalablement suivi les étapes scientifiques nécessaires. En d’autres termes, il faut clairement distinguer ce qui découle directement des versets, ce qui relève de l’analyse du chercheur et ce qui constitue l’application de cette analyse à une problématique contemporaine.
Une mise en garde importante
À mesure que le chercheur progresse de l’examen individuel des versets et des notions vers la mise en réseau des concepts, puis vers la découverte de principes et, enfin, vers l’élaboration d’un système de pensée, la complexité du travail augmente. Le risque de voir intervenir des interprétations personnelles devient également plus important.
Cela s’explique par le fait que l’extraction d’une notion à partir d’un verset constitue une première étape de recherche ; la découverte des relations entre cette notion et d’autres concepts représente une étape supplémentaire ; quant au passage d’un ensemble de relations à un principe ou à une règle générale, il exige une rigueur et des preuves encore plus importantes.
C’est pourquoi chaque étape doit reposer sur la précédente. Si l’analyse des notions manque de précision, le réseau construit sur cette base ne disposera pas non plus d’une validité suffisante. De même, si les relations entre les notions ne sont pas correctement identifiées, les principes extraits de ces relations ne pourront être considérés comme fiables.
Le chercheur doit donc être en mesure, à chaque étape, de remonter le cheminement de sa recherche et de présenter les éléments qui justifient ses conclusions : de quels versets cette notion a-t-elle été dégagée ? Sur quelles preuves repose la relation entre ces deux notions ? Et sur la base de quels concepts et de quelles relations le principe ou la règle avancée a-t-il précisément été établi ?
La possibilité de retracer le raisonnement depuis sa conclusion finale jusqu’aux versets de départ, puis de réexaminer la validité de chacune de ses étapes, peut être désignée comme la « traçabilité et la possibilité d’évaluation de la recherche ». Cette capacité constitue l’un des éléments fondamentaux d’une méthodologie scientifique et défendable dans le domaine des études coraniques.
Une question essentielle se pose alors pour prolonger cette réflexion : est-il possible d’extraire du réseau des notions coraniques des principes et des règles qui, réunis, constitueraient un système de pensée cohérent ?
Répondre à cette question revient précisément à franchir une étape qui dépasse l’analyse des notions et la construction de réseaux conceptuels. À ce stade, le chercheur s’efforce de passer de l’ensemble des notions et des relations qui les unissent à l’identification de principes fondamentaux, puis, en définitive, à l'élaboration d'un système de pensée cohérent.
Hodjat al-Islam Rassoul Malekian Esfahani




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