(A. P. Hawzah) Dans les deux numéros précédents, nous avons porté un regard succinct et général sur les devoirs communs, ainsi que sur le plus important devoir particulier des femmes, en vue de réaliser les desseins divins et de préparer les conditions de l’Apparition du Sauveur de l’humanité. Dans ce numéro, nous répondrons à deux questions relatives au rôle et au rang des femmes dans l’Apparition et le gouvernement de l’Imam du Temps (qu’Allah hâte sa noble réapparition).
Question 1 :
Parmi les 313 compagnons particuliers de l’Imam al-Mahdi (qu’Allah hâte sa noble réapparition) y aura-t-il également des femmes ?
Dans un long hadith rapporté de l’Imam al-Baqir (que la paix soit sur lui) par Jâbir, il est dit :
وَ اَللَّهِ ثَلاَثُمِائَةٍ وَ بِضْعَةَ عَشَرَ رَجُلاً فِیهِمْ خَمْسُونَ اِمْرَأَةً یَجْتَمِعُونَ بِمَکَّةَ عَلَی غَیْرِ مِیعَادٍ. (Tafsîr al-ʿAyyâshî, t. 1, p. 65)
Par Dieu ! Trois cent et quelques hommes viendront, parmi lesquels se trouveront cinquante femmes ; ils se réuniront à La Mecque sans rendez-vous préalable.
Un point qu’il convient de relever dans ce hadith c'est qu’il existe deux interprétations de l’expression «فِیهِمْ» :
- La première est que 50 personnes parmi les 313 sont des femmes.
- La seconde est que ces 50 femmes se joindront aux 313 hommes.
Un autre point relatif à cette tradition est qu’elle figure dans le Tafsîr al-ʿAyyâshî et que le caractère mursal des traditions rapportées par al-ʿAyyâshî diminue la valeur de cet ouvrage. (Un hadith mursal est un hadith dont la chaîne de transmission, autrement dit les transmetteurs du hadith, n’est pas mentionnée.)
Cette même tradition est également rapportée avec sa chaîne de transmission dans le Kitâb al-Ghayba de Nuʿmânî, mais sans l’expression «فِیهِمْ خَمْسُونَ اِمْرَأَةً» :
فَیَجْمَعُ اللَّهُ عَلَیْهِ أَصْحَابَهُ ثَلَاثَمِائَةٍ وَ ثَلَاثَةَ عَشَرَ رَجُلًا وَ یَجْمَعُهُمُ اللَّهُ لَهُ عَلَی غَیْرِ مِیعَادٍ. (al-Ghayba de Nuʿmânî, p. 282)
Dans le Kitâb al-Ikhtisâs de Shaykh al-Mufîd également, cette tradition est dépourvue de l’expression «فِیهِمْ خَمْسُونَ اِمْرَأَةً» :
فَیَجْمَعُ اللَّهُ لَهُ أَصْحَابَهُ ثَلَاثَ مِائَةٍ وَ ثَلَاثَةَ عَشَرَ رَجُلًا فَیَجْمَعُهُمُ اللَّهُ لَهُ عَلَی غَیْرِ مِیعَادٍ. (al-Ikhtisâs, p. 255)
Un autre point digne d’attention est qu’au regard des indices disponibles, le terme «رجل» employé dans les traditions doit être compris comme désignant un « homme », et non une « femme ».
- La comparaison des compagnons particuliers de l’Imam al-Mahdi, qu’Allah hâte sa noble réapparition, avec les compagnons de Badr :
یَجْمَعُ اَللَّهُ عَزَّ وَ جَلَّ لَهُ مِنْ أَقَاصِ اَلْبِلاَدِ عَلَی عَدَدِ أَهْلِ بَدْرٍ ثَلاَثَمِائَةٍ وَ ثَلاَثَةَ عَشَرَ رَجُلاً. (Kamâl al-Dîn wa Tamâm al-Niʿma, p. 264)
Allah, le Tout-Puissant et Majestueux, rassemblera autour de lui, depuis les régions les plus éloignées, trois cent treize hommes, au nombre des gens de Badr.
- La comparaison des compagnons particuliers de l’Imam al-Mahdi (qu’Allah hâte sa noble réapparition) avec les compagnons du Prophète Tâlût, (que la paix de Dieu soit sur lui) :
اَلْقَلِیلُ اَلَّذِینَ لَمْ یَشْرَبُوا وَ لَمْ یَغْتَرِفُوا ثَلَثَمِائَةٍ وَ ثَلَثَةَ عَشَرَ رَجُلاً. (Tafsîr Nûr al-Thaqalayn, t. 1, p. 248)
Et tous burent de cette eau, tandis que seuls trois cent treize hommes ne burent pas de cette eau.
Il est évident que ces 313 personnes, lors de la bataille de Badr et lors de la guerre du noble Tâlût contre Jâlût, étaient toutes des hommes.
Par conséquent, du point de vue de la science du hadith, il est difficile d’établir la présence de femmes parmi les 313 compagnons ou à leurs côtés ; car une seule tradition indiquait cet élément, et elle était mursal, tandis qu’il existe également des traditions documentées qui considèrent les 313 comme exclusivement masculins.
Cependant, compte tenu des éléments mentionnés dans les deux numéros précédents ainsi que de ce qui sera exposé dans la suite, l’absence des femmes parmi ces 313 compagnons — au regard des preuves disponibles — ne signifie et ne signifiera en aucun cas que le rang et la dignité de la femme sont considérés comme insignifiants ; car de nombreux auxiliaires, appartenant à plusieurs cercles, se joindront à l’Imam du Temps, que la paix de Dieu soit sur lui, et leur nombre sera incalculable. Par conséquent, les femmes auront, dans l’Apparition et le gouvernement mahdavî — comme cela a déjà été exposé précédemment — un rôle et un rang particuliers.
Question 2 :
Parmi les personnes qui connaîtront la Rajʿat, y aura-t-il également des femmes ?
Dans cette étude, nous n’avons pas l’intention d’examiner l’étape précise à laquelle les femmes connaîtront la Rajʿat, ni le nombre exact des femmes qui reviendront, ni leurs noms précis. Ce qui importe, c’est le principe même de la Rajʿat des femmes : le fait que, tout au long de l’histoire, il y a eu — et qu’il y aura — des femmes ayant atteint les plus hauts degrés de foi et de connaissance, au point de recevoir la grâce de connaître la Rajʿat et d’accompagner le dernier Successeur divin.
L’Imam al-Sadiq, que la paix de Dieu soit sur lui, dit dans une tradition :
یُکَرُّ مَعَ اَلْقَائِمِ (عَلَیْهِاَلسَّلاَمُ) ثَلاَثَ عَشْرَةَ اِمْرَأَةً. قُلْتُ: وَ مَا یَصْنَعُ بِهِنَّ؟ قَالَ: یُدَاوِینَ اَلْجَرْحَی، وَ یَقُمْنَ عَلَی اَلْمَرْضَی، کَمَا کَانَ مَعَ رَسُولِ اَللَّهِ (صَلَّی اَللَّهُ عَلَیْهِ وَ آلِهِ). قُلْتُ: فَسَمِّهِنَّ لِی. فَقَالَ: اَلْقِنْوَاءُ بِنْتُ رُشَیْدٍ، وَ أُمُّ أَیْمَنَ، وَ حَبَابَةُ اَلْوَالِبِیَّةُ، وَ سُمَیَّةُ أُمُّ عَمَّارِ بْنِ یَاسِرٍ، وَ زُبَیْدَةُ، وَ أُمُّ خَالِدٍ اَلْأَحْمَسِیَّةُ، وَ أُمُّ سَعِیدٍ اَلْحَنَفِیَّةُ، وَ صُبَانَةُ اَلْمَاشِطَةُ، وَ أُمُّ خَالِدٍ اَلْجُهَنِیَّةُ. (Dalâ’il al-Imâma, t. 1, p. 484)
Avec le Qâ’im, que la paix de Dieu soit sur lui, treize femmes reviendront. Je demandai : Quelle responsabilité leur sera confiée ?
Il répondit : Elles soigneront les blessés et prendront soin des malades, de la même manière qu’elles le faisaient aux côtés du Messager d’Allah, que les bénédictions d’Allah soient sur lui ainsi que sur sa famille. » Je demandai : Donne-moi leurs noms.
Il répondit : Al-Qinwâ’, fille de Rushayd ; Umm Ayman ; Habâba al-Wâlibiyya ; Sumayya, mère de ʿAmmâr ibn Yâsir ; Zubayda ; Umm Khâlid al-Ahmasiyya ; Umm Saʿîd al-Hanafiyya ; Subâna, la coiffeuse ; et Umm Khâlid al-Juhaniyya.
Dans d’autres ouvrages également, le nombre et les noms de certaines autres femmes qui connaîtront la Rajʿat sont mentionnés. (Comme cela a été indiqué, leurs noms, leur nombre et le moment de leur retour ne constituent pas l’objet de notre étude.)
Ce qui importe et qui peut aider les femmes sur le chemin de l’observance religieuse, de l’acquisition de la connaissance et de la fermeté dans la religion d’Allah, c’est de prêter attention aux qualités des femmes mentionnées dans les traditions ; nous n’en évoquerons ici qu’une partie.
La noblesse, la fermeté et la résistance face au front du faux constituent le trait commun le plus important que l’on puisse observer chez les femmes qui connaîtront la Rajʿat.
Le noble Prophète de l’Islam, que les bénédictions d’Allah soient sur lui ainsi que sur sa famille, a dit au sujet de « Subâna », la coiffeuse de la fille de Pharaon :
Lorsque je fus emmené en Ascension nocturne, je sentis un parfum d’une extrême fragrance. Je dis à Jibrîl : “Quelle est cette odeur ?” Il répondit : “C’est le parfum de la coiffeuse de la famille de Pharaon et de ses enfants.” Elle était en train de peigner les cheveux de la fille de Pharaon lorsque le peigne lui tomba de la main et elle prononça : “Bismillâh.” La fille de Pharaon demanda : “Mon père ?” La femme répondit : “Non, mais mon Seigneur, ton Seigneur et le Seigneur de ton père.” La fille dit : “Je ne manquerai certainement pas de le dire à mon père.” La femme répondit : “Oui, dis-le.” La fille informa son père de cette affaire. Pharaon fit appeler cette femme et ses enfants et demanda : “Qui est ton Seigneur ?” La femme répondit : “Mon Seigneur et ton Seigneur est Allah.” Pharaon ordonna alors de préparer un four en cuivre et de le porter à une chaleur extrême. Puis il fit venir la femme et ses enfants. La femme dit, lorsqu’elle se trouva face au four : “J’ai une demande à te faire.” Pharaon demanda : “Quelle est-elle ?” La femme répondit : “Je veux que tu rassembles mes os et ceux de mes enfants et que tu les enterres.” Pharaon répondit : “Cela te sera accordé, en considération du droit que tu as sur nous [en récompense des services que tu nous as rendus auparavant].” Puis Pharaon ordonna de jeter ses enfants, l’un après l’autre, dans le four, jusqu’à ce qu’arrive le tour de son dernier enfant, qui était encore allaité. L’enfant dit : “Ô mère ! Patiente, car tu es dans la vérité.” Alors cette femme fut, elle aussi, jetée dans le four avec son enfant. (Bihâr al-Anwâr, t. 13, p. 163)
À propos de « Sumayya », la mère de ʿAmmâr, il est également rapporté :
وَ کَانَتْ مِمَّنْ تُعَذَّبُ فِی اَللَّهِ لِتَرْجِعَ عَنْ دِینِهَا فَلَمْ تَفْعَلْ فَمَرَّ بِهَا أَبُو جَهْلٍ فَطَعَنَهَا فِی قَلْبِهَا فَمَاتَتْ. (Bihâr al-Anwâr, t. 18, p. 241)
Et elle, Sumayya, faisait partie de celles qui furent torturées pour la cause d’Allah afin qu’elle renonce à sa religion, mais elle ne le fit pas. Abû Jahl passa alors près d’elle et la frappa au cœur [la frappa avec une arme], ce qui causa sa mort.
Et bien d’autres exemples encore.
Remarque :
Les conditions et les facteurs environnementaux constituent l’une des justifications avancées par certaines personnes, en particulier par certaines femmes de la société, pour expliquer la faiblesse de leur foi et de leur connaissance religieuse ; alors que la méditation sur la vie des femmes qui ont marqué l’histoire de l’Islam montre que, sur le chemin de la réalisation des desseins divins et dans la voie du lien avec le Maître et Adoré, nul et rien ne peut faire obstacle à l’être humain.
Allah, le Très-Haut, lorsqu’Il évoque dans le Noble Coran la noble Âsiya, que la paix de Dieu soit sur elle, ne mentionne pas son nom ; Il la désigne plutôt par l’expression «امْرَأَتَ فِرْعَوْنَ» — « l’épouse de Pharaon », afin d’attirer l’attention de tous les croyants, hommes et femmes, sur le fait qu’elle, au sein du palais du tyran de son époque et alors qu’elle n’avait aucun allié ni aucun soutien si ce n’est Allah, devint un modèle pour tous.
En conclusion, la Rajʿat n’est pas exclusivement réservée aux générations passées ; elle englobe également les générations futures. C’est précisément pour cette raison qu’il nous a été recommandé de réciter la Duʿâ’ al-ʿAhd :
اللَّهُمَّ إِنْ حَالَ بَینِی وَ بَینَهُ الْمَوْتُ الَّذِی جَعَلْتَهُ عَلَی عِبَادِک حَتْما مَقْضِیا، فَأَخْرِجْنِی مِنْ قَبْرِی مُؤْتَزِرا کفَنِی شَاهِرا سَیفِی مُجَرِّدا قَنَاتِی مُلَبِّیا دَعْوَةَ الدَّاعِی فِی الْحَاضِرِ وَ الْبَادِی.
Ô Allah ! Si la mort que Tu as prescrite de manière irrévocable à Tes serviteurs devait s’interposer entre moi et lui (l’Imam du Temps, que la paix de Dieu soit sur lui), alors fais-moi sortir de ma tombe, revêtu de mon linceul, brandissant mon épée tirée du fourreau et ma lance dégainée, répondant à l’appel de celui qui appelle, parmi les habitants des villes comme parmi les gens de la campagne.
Et, bien entendu, pour parvenir à cet objectif si cher aux cœurs, nous devons nous parer des qualités qui, dans les traditions, sont attribuées à ceux qui connaîtront la Rajʿat, et comprendre que, sur ce chemin, aucune différence n’existe entre l’homme et la femme.




Votre commentaire