Bagdad, IRAK (A.P.Hawzah)– L’Ayatollah Sayyed Yassine Moussaoui, imam du vendredi de Bagdad et éminent enseignant de la Hawza de Nadjaf, a déclaré, dans son sermon du vendredi 17 juillet 2026, que la situation actuelle de l’Irak et du monde musulman impose aux oulémas et aux penseurs de ne plus garder le silence face aux enjeux décisifs et d’assumer pleinement leurs responsabilités religieuses et sociales.
Évoquant l’obligation religieuse de l’ordonnance du bien et de l’interdiction du mal (al-amr bil-ma‘rûf wa an-nahy ‘an al-munkar), il a souligné qu’il s’agissait d’un devoir religieux auquel il ne fallait jamais renoncer face aux dérives, à la corruption et au déclin de la société.
L’imam du vendredi de Bagdad a rappelé que si le silence avait pu être justifié à certaines périodes, notamment sous l’ancien régime irakien ou durant les années de violences confessionnelles, en raison de circonstances exceptionnelles, une telle justification n’existe plus aujourd’hui.
S’appuyant sur des traditions islamiques qui présentent l’ordonnance du bien et l’interdiction du mal comme le fondement de l’ensemble des autres obligations religieuses, il a également évoqué l’exemple d’Abou Dharr al-Ghifari, connu pour son opposition aux gouvernants. Selon lui, Abou Dharr a accepté l’exil et les persécutions pour avoir défendu la vérité, un exemple qui doit, a-t-il dit, demeurer une source d’inspiration permanente pour les savants religieux.
Abordant ensuite la lutte contre la corruption, l’Ayatollah Moussaoui a affirmé que la poursuite des personnes impliquées dans les affaires de corruption ainsi que la restitution des fonds publics relevaient d’une responsabilité nationale incombant aux pouvoirs judiciaire, exécutif et législatif. Il a toutefois averti que cette lutte ne devait pas être utilisée pour tromper l’opinion publique ni pour dissimuler les dossiers impliquant les principaux responsables.
Il a également critiqué certaines propositions visant à clore les poursuites engagées contre certains accusés en échange de la restitution d’une partie des fonds détournés. Selon lui, une telle démarche ne rendrait pas justice ; elle s’apparenterait plutôt à une opération de blanchiment d’argent et ouvrirait la voie au retour des personnes concernées dans les cercles du pouvoir.
Poursuivant son intervention, l’imam du vendredi de Bagdad est revenu sur les déplacements de certains responsables irakiens aux États-Unis. Il a rejeté toute idée de compter sur Washington pour résoudre les difficultés de l’Irak et a critiqué les rencontres avec l’envoyé américain Tom Barrack. L’Irak, a-t-il affirmé, ne doit pas considérer les responsables américains comme une autorité de référence pour ses décisions intérieures.
L’Ayatollah Moussaoui a également évoqué les déclarations du président américain Donald Trump lors de sa rencontre avec une délégation irakienne. Il a dénoncé ce qu’il a décrit comme le fait de « se glorifier de l’assassinat de commandants irakiens tout en exigeant des remerciements de la part des autorités irakiennes ». Il a jugé regrettable qu’aucune réponse, à la hauteur de la dignité du peuple irakien et du sacrifice de ses martyrs, n’ait été apportée à ces propos.
Selon lui, l’Irak ne fait pas seulement face à une crise économique, mais traverse également une crise structurelle touchant les domaines politique, administratif et économique. Il a estimé que le passage d’une économie étatique à une économie de marché, effectué sans préparation suffisante ni expertise adéquate, avait engendré une profonde désorganisation économique.
Il a ajouté que la gestion d’un État ne pouvait être fondée uniquement sur la réussite de certains entrepreneurs du secteur privé. L’administration d’un pays, a-t-il expliqué, repose avant tout sur des institutions solides, des politiques publiques cohérentes et des structures de gouvernance efficaces, et non sur les seules expériences individuelles.
Poursuivant son analyse, l’Ayatollah Moussaoui a affirmé qu’une véritable réforme ne pouvait être menée à bien qu’en associant compétence et intégrité. Selon lui, la probité financière des responsables ne saurait être établie par de simples déclarations ; l’origine de leurs biens ainsi que leur parcours financier doivent faire l’objet d’un examen rigoureux et transparent. Il a toutefois regretté que ces critères ne soient pas appliqués à certains hauts responsables de l’État.
L’imam du vendredi de Bagdad a également estimé que l’Irak continuait de souffrir de l’absence d’un système politique institutionnalisé et durable. L’administration du pays, a-t-il déclaré, ne devrait ni reposer sur des logiques de partage partisan du pouvoir ni sur des relations personnelles, mais sur la compétence, l’expérience politique et les capacités de gestion.
Il a ajouté que la réforme des institutions, y compris de l’institution militaire, ne pourrait aboutir qu’au moyen de réformes professionnelles fondées sur des critères objectifs et sur la nomination de personnes qualifiées aux postes de responsabilité.
Dans une autre partie de son sermon, l’Ayatollah Moussaoui a critiqué l’attitude de certains responsables irakiens lors de leurs rencontres à l’étranger. Il a souligné que la défense de la dignité nationale, de l’honneur du pays et de la mémoire des martyrs irakiens constituait une responsabilité qui incombe à l’ensemble des dirigeants.
Évoquant une rencontre entre le défunt Sayyed Abdelaziz al-Hakim et l’ancien président américain George W. Bush, il a déclaré que les responsables irakiens devaient préserver la dignité et le statut de l’Irak dans toutes les négociations et réunions internationales. Présenter des positions de faiblesse comme des succès diplomatiques, a-t-il averti, ne ferait qu’entraîner des conséquences négatives pour le pays.
En conclusion de son sermon, l’Ayatollah Moussaoui a déclaré que la cérémonie funéraire de grande ampleur organisée, selon ses propos, en hommage au « martyr, l’imam Sayyed Ali Khamenei » ne constituait pas seulement un moment de recueillement, mais portait également des messages politiques clairs à l’adresse du gouvernement irakien.
Il a estimé que le principal message exprimait le refus du peuple irakien de toute forme de dépendance envers les puissances étrangères ainsi que son attachement à des dirigeants qui, selon lui, ont consenti des sacrifices pour leurs idéaux et pour leur peuple.
L’imam du vendredi de Bagdad a également mis en garde contre la poursuite d’une politique de dépendance à l’égard des États-Unis et contre le fait d’accorder aux envoyés américains un rôle dans l’orientation des décisions irakiennes. Il a affirmé que la légitimité des responsables politiques découle du service rendu au peuple, de la défense de la souveraineté nationale et de la fidélité au sacrifice des martyrs, et non de l’approbation ou du soutien des puissances étrangères.
Enfin, il a appelé les responsables irakiens à prendre en considération les messages véhiculés, selon lui, par cette cérémonie funéraire de grande ampleur. Rappelant qu’aucune fonction politique n’est permanente, il a déclaré que ce sont les peuples qui confèrent leur légitimité aux dirigeants en préservant leur dignité, leur indépendance et leur souveraineté.




Votre commentaire