mercredi 15 juillet 2026 - 16:00
Bahreïn : un procès controversé de 19 religieux au cœur d’accusations de graves violations des droits humains.

Hawzah/La Société bahreïnie des droits de l’homme a dénoncé de « graves violations du droit et des droits humains » dans le procès intenté contre 19 religieux chiites, estimant que les autorités bahreïnies avaient porté atteinte au principe de la présomption d’innocence et aux garanties d’un procès équitable.

Bahreïn (A.P.Hawzah)– La Société bahreïnie des droits de l’homme a dénoncé de « graves violations du droit et des droits humains ». Selon l’organisation, ces violations sont apparues dès la première audience du procès. Parmi les personnes poursuivies figurent huit accusés jugés par contumace, dont l’ayatollah Cheikh Issa Qassem, principale figure religieuse visée par cette procédure.

L’ONG affirme que les déclarations du Parquet général ont présenté les accusés comme coupables avant même toute décision judiciaire, en contradiction avec le principe fondamental de la présomption d’innocence.

L’organisation rappelle que cette affaire s’inscrit dans la continuité d’une opération lancée le 9 mai 2026, lorsque les autorités avaient annoncé l’arrestation de 41 personnes. Des mesures de détention provisoire, de saisie de biens et de contrôle des comptes bancaires avaient ensuite été prises à leur encontre.

Dans son communiqué, la Société bahreïnie des droits de l’homme affirme avoir relevé plusieurs violations susceptibles de compromettre les garanties d’un procès équitable. Elle reproche notamment au Parquet général d’avoir utilisé un langage affirmatif pour accuser les personnes concernées de terrorisme avant tout jugement, tout en présentant la version officielle des faits comme des vérités établies. Une telle démarche, estime-t-elle, risque d’influencer aussi bien l’impartialité de la justice que l’opinion publique, en contradiction avec les normes internationales relatives à l’indépendance du pouvoir judiciaire et au respect de la présomption d’innocence.

L’ONG accuse également les autorités d’avoir associé des convictions religieuses et politiques — en particulier le principe de la Wilayat al-Faqih — à des activités criminelles. Selon elle, cette approche revient à criminaliser la liberté de pensée et de conviction, en violation de la Constitution du Bahreïn ainsi que du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

L’organisation critique en outre ce qu’elle qualifie de « politisation anticipée » de l’affaire, reprochant aux autorités d’avoir évoqué de supposés liens avec l’Iran avant même la présentation des preuves devant le tribunal. Elle souligne que de telles accusations ne peuvent être examinées que dans le cadre d’une procédure judiciaire et sur la base de preuves recevables, et non au travers de déclarations médiatiques.

Sur le plan procédural, la Société fait part de ses inquiétudes concernant le placement de certains accusés à l’isolement, sans contact avec le monde extérieur, ainsi que les risques de torture ou de mauvais traitements qui pourraient en découler. Elle s’interroge également sur les conséquences de la tenue de la première audience par visioconférence, estimant que cette modalité pourrait limiter la participation effective des avocats de la défense ainsi que celle des familles des accusés.

Le rapport met aussi en évidence des atteintes au droit à la défense. Selon l’organisation, plusieurs détenus n’ont pas bénéficié d’un accès suffisant à leurs avocats. Elle rappelle qu’en droit international, toute déclaration obtenue en l’absence d’une assistance juridique effective ou sous la contrainte ne peut être considérée comme juridiquement valable.

La Société bahreïnie des droits de l’homme estime par ailleurs que la présentation au public de livres religieux et de biens saisis comme prétendues preuves d’« activités terroristes », avant tout examen par la justice, constitue une atteinte à la liberté de pensée et de religion. Elle considère également que le fait de poursuivre un grand nombre de hauts dignitaires religieux chiites dans une même procédure, tout en associant leurs institutions religieuses au terrorisme, renforce les inquiétudes quant à un ciblage fondé sur l’appartenance religieuse et confessionnelle.

L’organisation exprime en outre sa préoccupation face au procès de personnes déjà déchues de leur nationalité, estimant qu’une telle situation réduit leur capacité à exercer pleinement leurs droits de la défense et compromet davantage les garanties d’un procès équitable.

Dans ses recommandations, la Société bahreïnie des droits de l’homme appelle les autorités à libérer sans délai les religieux détenus, à respecter le principe de la présomption d’innocence, à garantir des procès indépendants et équitables, à mettre un terme à la criminalisation des croyances et des activités religieuses pacifiques, ainsi qu’à cesser de recourir à la déchéance de nationalité comme instrument de sanction politique.

L’ONG appelle enfin le Conseil des droits de l’homme des Nations unies ainsi que les Rapporteurs spéciaux des Nations unies chargés de la liberté de religion ou de conviction et de l’indépendance des juges et des avocats à suivre cette affaire de près et à ouvrir une enquête internationale indépendante sur ce qu’elle qualifie de « poursuite continue de citoyens en raison de leurs opinions et de leurs convictions ».

Bahreïn : un procès controversé de 19 religieux au cœur d’accusations de graves violations des droits humains.

Tags

Votre commentaire

You are replying to: .
captcha