(A.P.Hawzah) Allah tout puissant a dit :
فَمَنْ حَاجَّكَ فِيهِ مِنْ بَعْدِ مٰا جٰاءَكَ مِنَ اَلْعِلْمِ فَقُلْ تَعٰالَوْا نَدْعُ أَبْنٰاءَنٰا وَ أَبْنٰاءَكُمْ وَ نِسٰاءَنٰا وَ نِسٰاءَكُمْ وَ أَنْفُسَنٰا وَ أَنْفُسَكُمْ ثُمَّ نَبْتَهِلْ فَنَجْعَلْ لَعْنَتَ اَللّٰهِ عَلَى اَلْكٰاذِبِينَ
A qui en dispute avec toi, maintenant qu’il t’est venu de la science, tu n’as qu’à dire : “Venez, appelons nos fils et vos fils, nos femmes et vos femmes, nos propres personnes et les vôtres, puis exécrons les menteurs en proférant sur eux la malédiction de Dieu !”
Le verset de la Mubahala démontre, d'une part, la légitimité de la mission prophétique du Prophète (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée) ; car la Mubahala consiste en une invocation mutuelle de la malédiction divine, et nul ne saurait y convier autrui sans avoir la certitude absolue de la véracité de son appel, puisqu'une telle démarche pourrait retourner la malédiction contre celui qui en serait l'instigateur mensonger.
D'autre part, la présence exclusive d'Amir al-Mu'minin (que la paix soit sur Lui), de Sayyida Fatima al-Zahra (que la paix soit sur Elle), de l'Imam al-Hassan et de l'Imam al-Hussein (que la paix soit sur Eux) en cet événement manifeste avec éclat la grandeur et la supériorité d’Ahl al-Bayt (que la paix soit sur Eux) ainsi que leur rang singulier auprès du Seigneur. La question et la réponse qui suivent portent sur l'importance du « Verset de la Mubahala » et vous sont humblement présentées.
Question :
En quoi le verset de la Mubahala revêt-il une telle importance ?
Réponse sommaire :
Premièrement, la question de la Mubahala est un signe de la légitimité du Prophète (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée) dans sa mission, car celui qui ne possède pas une conviction absolue en sa propre voie ne saurait accepter une telle épreuve. Deuxièmement, ce verset constitue une preuve manifeste de l'éminente dignité d’Ahl al-Bayt (que la paix soit sur Eux) auprès de Allah, puisque le Prophète (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée) n'emmena avec lui, en cet événement, qu'eux seuls — ce qui témoigne de leur excellence sur l'ensemble de la communauté.
Réponse détaillée :
La première chose qui retient l'attention dans le « Verset de la Mubahala » — soit le verset 61 de la sourate Al Imran (3)— est que la question de la Mubahala peut être présentée comme une preuve éclatante de la légitimité du Prophète de l'Islam (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée) quant à sa mission prophétique. En effet, il est inconcevable que celui qui n'aurait pas la certitude absolue de son lien avec le Seigneur s'engage dans une telle épreuve — c'est-à-dire convie ses adversaires en ces termes : « Venez, implorons ensemble Allah d'exposer le menteur à l'opprobre, et je vous garantis que ma malédiction contre mes opposants sera exaucée, et vous en verrez les fruits. »
Il est indéniable qu'entrer dans un tel arène est extrêmement périlleux ; car si la malédiction demeurait sans réponse et qu'aucun signe de châtiment divin sur les adversaires ne se manifestait, il n'en résulterait pour celui qui a lancé le défi rien d'autre que le déshonneur. Nulle personne sensée ne s'aventurerait en un tel domaine sans avoir l'assurance du résultat.
C'est pourquoi les traditions islamiques rapportent que lorsque la question de la Mubahala fut soulevée, les chrétiens de Najrān demandèrent un délai de réflexion au Prophète (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée). Puis, constatant que le Prophète de l'Islam (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée) n'avait amené avec lui que ceux dont la supplication pouvait être exaucée, et qu'il se présentait sur le lieu de la Mubahala dépourvu de tout apparat et de toute ostentation, ils y virent une preuve supplémentaire de la véracité de sa mission prophétique. Ils refusèrent alors de procéder à la Mubahala, craignant d'être frappés par le châtiment divin. Lorsqu'ils virent le Prophète (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée) n'accompagné que d'un petit nombre de ses proches, la terreur les saisit et ils acceptèrent de négocier un accord de paix.
D'autre part, ce verset constitue un document irréfutable attestant le rang éminent d'Ahl al-Bayt du Prophète (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée) — à savoir l'Imam Ali (que la paix soit sur Lui), Sayyida Fatima (que la paix soit sur Elle), l'Imam al-Hassan et l'Imam al-Hussein (que la paix soit sur Eux) — car le verset contient trois expressions : « anfusanā » (nos âmes), « nisā'anā » (nos femmes) et « abnā'anā » (nos fils).
Il est hors de tout doute que « abnā'anā » désigne l'Imam al-Hassan et l'Imam al-Hussein (que la paix soit sur Eux), en quoi il n'existe aucune divergence. Quant à « nisā'anā », il ne saurait s'appliquer à nulle autre que Fatima al-Zahra (que la paix soit sur Elle). Pour ce qui est de « anfusanā », il ne peut certainement pas se référer à la personne du Prophète (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée) lui-même, car le verset dit : « nad'u... wa anfusanā » (nous convions... nos âmes) ; s'il s'agissait du Prophète (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée), le fait pour un être humain de se convoquer lui-même n'aurait aucun sens. Il ne reste donc d'autre interprétation que de dire que « anfusanā » désigne exclusivement Ali (que la paix soit sur Lui).
Par ailleurs, Fakhr al-Dīn al-Rāzī, dans son commentaire de ce verset, rapporte les propos de Mahmud ibn al-Hassan al-Himṣī [qui était l'un des savants chiites] :
Il démontrait, en s'appuyant sur ce verset, qu'Ali (que la paix soit sur Lui) est, après le Prophète de l'Islam (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée), supérieur à l'ensemble des prophètes et à l'ensemble des Compagnons. Il arguait qu'il est impossible pour un être humain de se convoquer lui-même et de s'inviter à une action. Dès lors, « anfusanā » désigne une personne autre que le Prophète (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée), et les savants s'accordent unanimement sur le fait que personne d'autre qu''Alī (ع) n'était présent avec lui. Le verset signifie donc : « Ali (que la paix soit sur Lui) est à l'égal de l'âme et de la personne de Mohammad (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée) » — non pas qu'il lui soit identique, mais que, en dehors de la dignité exclusive de la prophétie et de la prééminence absolue du Prophète (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée) sur toute créature, il lui est semblable en tous autres aspects. D'autre part, nous savons que le Prophète (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée) était supérieur à l'ensemble des prophètes ; il s'ensuit donc qu'Ali (que la paix soit sur Lui) doit également leur être supérieur.
Il s'appuie ensuite sur ce hadith, reconnu aussi bien par les chiites que par les sunnites, selon lequel le Prophète (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée) aurait dit :
مَنْ اَرادَ اَنْ یَرَی آدَمَ فی عِلْمِهِ وَ نُوحاً فی طاعَتِهِ وَ اِبْراهیمَ فی خُلَّتِهِ وَ مُوسی فی هَیْبَتِهِ وَ عَیسی فی صَفْوَتِهِ، فَلْیَنْظُر اِلی عَلِیِّ بْنِ اَبیطالِب(علیه السلام)
Quiconque souhaite contempler Adam dans sa science, Noé dans son obéissance au Seigneur, Abraham dans son intimité divine et son rang de Khalīl Allāh, Moïse dans sa majesté et Jésus dans sa pureté, qu'il pose son regard sur Ali ibn Abi Ṭalib (que la paix soit sur Lui) !
Ce hadith signifie : ce que les hommes vertueux possédaient séparément, lui le détient seul et en totalité.
Fakhr al-Dīn al-Rāzī ajoute ensuite :
Les autres savants chiites, d'hier et d'aujourd'hui, s'appuient sur ce verset pour démontrer qu'Ali (que la paix soit sur Lui) est à l'égal de l'âme de Mohammad (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée), excepté pour les attributs propres et exclusifs au Prophète suprême (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée), et ils en ont établi la démonstration. Il est néanmoins établi que le Prophète (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée) était supérieur à l'ensemble de ses Compagnons ; il s'ensuit donc qu'Ali (que la paix soit sur Lui) doit également être supérieur à tous.
Cependant, Fakhr al-Dīn al-Rāzī, après avoir cité cet argument, s'en écarte avec légèreté et se contente de cette seule réponse :
De même que le consensus des musulmans établit que Mohammad (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée) est supérieur à Ali ibn Abi Talib (que la paix soit sur Lui), de même le consensus des musulmans est que chaque prophète est supérieur à tout non-prophète ; et puisqu'Ali (que la paix soit sur Lui) n'était assurément pas un prophète, il s'ensuit que les autres prophètes d’ Allah lui seraient supérieurs.(1)
Si l'on examine avec soin les propos de Fakhr al-Dīn al-Rāzī, on constate qu'il ne dispose en réalité d'aucune réfutation face à cet argument puissant et solide. Il semble avoir voulu simplement dire quelque chose, car cette affirmation — selon laquelle chaque prophète parmi les prophètes divins serait supérieur à tout non-prophète — est tout à fait contestable. En effet, la supériorité de tous les prophètes sur les autres ne concerne de manière certaine que la seule question de la Révélation. En dehors de ce domaine, il peut exister des personnalités éminentes qui surpassent tous les prophètes à l'exception du Prophète de l'Islam (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée). Indépendamment de cela, le propos porte sur la supériorité de Ali (que la paix soit sur Lui) sur l'ensemble de la communauté, ce qui ne requiert nullement d'établir sa supériorité sur les autres prophètes. (2)
Quoi qu'il en soit, la vertu qui se déduit de ce noble verset et des traditions prophétiques concordantes rapportées à son sujet peut éclairer davantage la question du califat et de la succession du Prophète de l'Islam (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée). Car jamais le Très-Haut ne saurait agréer que le plus excellent et le plus éminent soit dirigé, tandis que celui qui lui est inférieur serait l'imam. Celui qui est à l'égal de l'âme du Prophète (que la paix et le salut d'Allah soit sur Lui et Sa famille immaculée) serait-il un suiveur, tandis que d'autres, situés à des degrés inférieurs, seraient des guides ?
Sur cette question, peu importe que l'on considère l'imamat comme relevant d'une désignation divine — ainsi que le croit la tradition chiite — ou comme procédant du choix du peuple — ainsi que le soutient la tradition sunnite. Dans le premier cas, jamais Allah n'aurait préféré le moins excellent à l'excellent ; dans le second cas, le peuple ne saurait agir à l'encontre de la sagesse divine, car un tel acte ne serait ni louable ni acceptable. (3)
Notes :
(1). Mafātīḥ al-Ghayb, Fakhr al-Dīn al-Rāzī, Abū 'Abd Allāh Muḥammad ibn 'Umar, Dār Ihyā' al-Turath al-Arabi, Beyrouth, troisième édition, 1420 H, vol. 8, p. 248, (Sourate Āl 'Imrān, verset 61).
(2). Idem.
(3). Compilé à partir de l'ouvrage : Payām-e Cor'an, Makārim Shīrāzī, Nasir, en collaboration avec un groupe de savants et d'érudits, Dar al-Kotob al-Islamiyya, Téhéran, 1386 H.Sh., sixième édition, vol. 9, p. 249.




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