Bahreïn (A.P.Hawzah) –Latifa Al-Husseini, journaliste et écrivaine libanaise, a affirmé que le gouvernement bahreïnien a clairement désigné son ennemi direct. Ces derniers mois, il a poursuivi et arrêté des citoyens chiites sous des prétextes exclusivement politiques, sans lien avec des infractions pénales. La politique de ciblage menée contre une composante bien déterminée de la société bahreïnienne est désormais manifeste et assumée. À la suite de l’agression israélo-américaine contre l’Iran, le ministère de l’Intérieur a établi une liste de personnes recherchées pour avoir exprimé leur solidarité avec l’Iran ou pour adhérer au principe du Wilayat al-Faqih.
Elle a ajouté que certains observateurs considèrent cette politique comme une tentative de détourner l’attention de la catastrophe que représente l’implication du pays dans les projets militaires américains dans la région. Toutefois, cette approche engendre une injustice flagrante qui ne touche qu’une seule composante nationale, continuellement accusée, jour et nuit, de complot et de trahison.
Al-Husseini a poursuivi : après la phase de 2011 et le durcissement de la répression sécuritaire à l’intérieur du pays, le gouvernement a lancé de vastes campagnes de communication sous les slogans de « coexistence avec l’autre » et de « tolérance », afin d’améliorer son image auprès de l’opinion publique occidentale et des organisations internationales de défense des droits humains. Cependant, les pratiques observées au cours de toutes ces années ont démontré qu’un pouvoir fondé sur une logique sécuritaire ne peut accepter un véritable partenaire au sein du pays.
Elle a souligné qu’au regard de l’intensification des arrestations à Bahreïn au cours des trois derniers mois, il est nécessaire d’interroger les juristes sur la réalité de ces détentions et sur le scénario qui attend les Bahreïniens.
Dans un entretien accordé au site d’information Al-Ahed, Baqer Darwish, président de l’« Association bahreïnienne des droits de l’homme », qui suit quotidiennement la vague d’arrestations à Bahreïn, a déclaré : « Depuis le début de la guerre contre l’Iran, c’est-à-dire depuis février jusqu’à aujourd’hui, nous avons enregistré 474 cas d’arrestations arbitraires. Parmi les personnes arrêtées figurent sept femmes, au moins vingt-sept enfants et plus de quarante religieux bahreïniens. »
Selon Darwish, la manière dont les autorités ciblent les individus et construisent des dossiers sécuritaires démontre clairement que les mesures prises par le pouvoir sont motivées par un esprit de vengeance et ne trouveront aucun défenseur sérieux au sein de la communauté juridique internationale.
Il estime que ceux qui sont accusés d’affaiblir la souveraineté nationale ne sont pas les citoyens visés, mais bien les autorités elles-mêmes, qui ont permis une atteinte partielle à la souveraineté sécuritaire du pays à travers la présence de la Cinquième Flotte américaine et son rôle dans la guerre menée contre la République islamique d’Iran.
Concernant les accusations récentes portées contre les détenus, Darwish a indiqué que ceux qui s’opposent aux projets de normalisation avec Israël n’ont pas à prouver leur patriotisme. Selon lui, ceux qui devraient rendre des comptes sont plutôt ceux qui sacrifient la souveraineté nationale aux intérêts des États-Unis et d’Israël dans le cadre de projets visant à fragmenter la région.
Insistant sur le fait que la discrimination confessionnelle à Bahreïn constitue un instrument de vengeance politique utilisé chaque fois que les autorités souhaitent accentuer la pression, il a précisé que de nombreux prisonniers d’opinion ont été privés de l’exercice de leurs rites religieux. Il a cité comme exemple récent et particulièrement révélateur l’interdiction de la prière centrale du vendredi à la mosquée Imam Al-Sadiq, dans la région d’Al-Diraz, au motif que les sermons exprimaient leur solidarité avec la Palestine et le Liban.
Selon Darwish, tant que des médias de propagande continueront à déformer les faits, les autorités bahreïniennes ne verront aucun inconvénient à afficher ouvertement leur discrimination confessionnelle.
Mettre fin au modèle traditionnel de l’activité islamique à Bahreïn
Darwish explique que le pouvoir met actuellement en œuvre un projet bien plus vaste que les campagnes sécuritaires menées au cours des quinze dernières années. D’après les premières évaluations et les déclarations du ministre de l’Intérieur, l’ampleur de ce nouveau projet dépasse même celle du célèbre « Rapport Bandar » — document attribué à Salah Al-Bandar, ancien conseiller à la Cour royale, révélé en 2006 et détaillant des mécanismes d’exclusion de la communauté chiite.
Il ajoute : « Nous sommes confrontés à une campagne visant à éliminer toutes les sources de force de la société chiite bahreïnienne. Cette campagne cible les mécanismes de l’activité islamique qui, pendant des années, sont restés indépendants et dont l’existence est pourtant garantie par les normes internationales. Cela explique pourquoi la première vague de répression a visé les plus hautes autorités religieuses de la communauté, les imams du vendredi et des prières collectives, les responsables des séminaires religieux ainsi que les représentants des hautes autorités religieuses de Nadjaf et de Qom. »
Selon lui, les autorités cherchent à mettre un terme au modèle traditionnel de l’activité islamique à Bahreïn afin de placer l’institution religieuse sous un contrôle total de l’État et de la transformer en un modèle de « prédicateurs au service du pouvoir ».
Il estime que les objectifs poursuivis s’inscrivent dans une stratégie de long terme et n’exclut pas que de nouvelles mesures soient prises avant le mois de Mouharram.
Achoura… la prochaine cible
Darwish explique que la décision des autorités concernant les Awqafs ja‘farites constitue un indicateur clair de leurs intentions à l’approche des cérémonies d’Achoura.
Selon lui, les autorités ont déjà commencé par arrêter des prédicateurs, des récitateurs religieux et des responsables de mawkibs (processions religieuses). Il ne fait aucun doute, affirme-t-il, qu’elles souhaitent également contrôler le contenu du discours religieux lié à Achoura, les poèmes récités dans les processions ainsi que l’ensemble des modalités d’organisation des cérémonies, y compris leur calendrier et leurs conditions de déroulement.
Toutefois, il souligne que ceux qui disposent d’une longue expérience de la confrontation avec ces politiques à Bahreïn possèdent également la capacité de faire face à ces nouveaux défis.
Dans ce contexte, Darwish rappelle ce que les Bahreïniens ont vécu durant les années 1980, lorsque les processions religieuses avaient déjà été ciblées, faisant de ces cérémonies l’un des principaux terrains d’affrontement religieux et politique avec les autorités.
En conclusion, Darwish estime que le pouvoir judiciaire bahreïnien adoptera une ligne particulièrement sévère dans les peines et les verdicts prononcés sur la base des accusations retenues contre les personnes arrêtées.
Selon lui, cette orientation découle de l’approche sécuritaire et judiciaire adoptée par les autorités depuis le premier jour, mais aussi des communiqués du parquet général qui organisent de véritables procès médiatiques avant même l’ouverture des audiences, de la politisation de la justice et de l’utilisation du parquet spécialisé dans les affaires de terrorisme comme un instrument au service d’objectifs politiques.





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