mercredi 18 février 2026 - 14:52
Le Hezbollah rend hommage à trois leaders martyrs, symboles de l’esprit de la résistance

Hawzah/Lors d’une cérémonie à la mémoire des martyrs, le Hezbollah a rappelé l’importance de leurs contributions dans la formation d’une résistance organisée contre l’occupation étrangère du Liban.

(A.P.Hawzah) -Les deux premiers, deux dignitaires religieux, Cheikh Ragheb Harb et Sayyed Abbas Moussaoui sont tombés en martyrs le 16 février, à 8 ans d’intervalle. Surnommé « Cheikh de la Résistance » le premier a été assassiné en 1983, alors qu’il revenait de la mosquée, dans son village natal au Liban-Sud. Désigné par le titre de « Sayyed de la Résistance » Sayyed Moussaoui revenait de la cérémonie de commémoration du martyre de son prédécesseur, lorsque des hélicoptères israéliens ont visé son convoi, le tuant ainsi que son épouse et son fils de trois ans.

De Téhéran à Beyrouth

Tous deux participaient en 1982 à Téhéran, à une conférence islamique, lorsque les chars israéliens ont envahi le Liban. Tous deux ont alors demandé l’aide de la jeune République Islamique qui avait, dès sa fondation, proclamé son soutien à la Palestine et à la lutte contre l’entité coloniale israélienne. Opérant un tournant radical par rapport à la politique du chah déchu Mohammad Reza Pahlavi. Celui-ci, en plus d’avoir livré le royaume aux diktats des Américains qui l’avaient ramené au pouvoir en éliminant le premier ministre élu Mohammad Mossadegh, avait pratiqué une véritable dévotion à l’égard «d’ Israël» que son neveu a réexprimé d’ailleurs sans vergogne lors des actions sanguinaires de groupes infiltrés dont l’organisation et la manipulation a été ouvertement revendiquée par les dirigeants sionistes .

Avec l’imam Khomeiny, le conflit a pris une dimension islamique après avoir été circonscris des décennies dans la sphère panarabe, affaiblie par la sortie du conflit de l’Egypte, son foyer, avec l’accord de paix conclu par Sadate. Son point ultime a eu lieu la même année où la révolution triomphait et où l’ambassade d’Israël à Téhéran était remplacée par celle de la Palestine.

La martyrologie : antidote et garantie

La lutte contre l’entité sioniste était promue par une vision islamique révolutionnaire rejetant toute légitimité de l’implantation israélienne en Palestine où se trouve le 3eme lieu le plus saint de l’islam, la Mosquée d’al-Aqsa, et récusant toute occupation des territoires arabes, dont le sud du Liban. La libération du sud-Liban sera toujours perçue dans le cadre de la lutte contre l’occupation israélienne dont l’épicentre restera la libération de la Palestine.

Cette perspective sera imprégnée par une approche de la martyrologie nourrie par l’épopée de l’imam Hussein (s), qui allie le jihad contre l’oppression et l’esprit de sacrifice. Face à la supériorité matérielle militaire de l’ennemi, ce sacrifice consenti est aussi bien « l’antidote » que la garantie de la continuité de la lutte.

De Jebchite à Nabichite : « Mal absolu »… « Israël tombera »

Cheikh Ragheb ne cessera de répéter « Israël est un mal absolu…Le sang du martyr tombe directement dans la main de Dieu »

Sayed Abbas a laissé dans les annales de la résistance cette maxime : « Israël tombera… Plus vous nous tuerez, plus notre peuple s’éveillera ».

Par leurs discours et leur action, Cheikh Ragheb et Sayyed Abbas – qui est devenu plus tard le deuxième Secrétaire Général du Hezbollah ont ancré ce principe dans le terreau populaire du sud du Liban dont est originaire le premier et de l’est du pays, terre natale du second. Les deux leaders opéraient ainsi une jonction géographique symbolique, de Jebchite à Nabichite, au moment même où ils organisaient l’adhésion à l’action résistante armée, dans le cadre de laquelle la fourniture d’armes et l’aide iranienne, en armes, en expertise militaire, et en soutien financier a été décisive.

Après leur martyre, Sayyed Hassan Nasrallah a pris la relève.

Pendant ce temps, le jeune Imad Moughniyeh diligentait l’action armée lancée en même temps que l’invasion israélienne. Autodidacte, il avait acquis une connaissance militaire et sécuritaire à l’école de la Résistance Palestinienne, au sein du Fatah, lorsque celle-ci était encore présente au Liban. Elle enseignait entre autres les leçons de l’expérience vietnamienne. Moughnieh la perfectionnera pendant les sessions de formation militaire organisées par le mouvement Amal de l’imam Moussa Sadr. Il apprendra également beaucoup «sur le tas» durant les 26 années de confrontation.

Adhérant fortement au principe prôné par l’imam Khomeiny selon lequel il faut transformer les défis en opportunités, on lui attribue le propos suivant : « L’ennemi israélien est notre meilleur «enseignant» ».

Lui aussi a fait preuve de génie dans la confrontation contre l’occupation israélienne puis lors de la guerre 2006 : avec un esprit novateur qui ne connaissait pas de limite, aussi imprévisible dans la stratégie que dans les tactiques.

Il a planifié la première opération martyre menée par le résistant Ahmad Qassir, contre le siège du gouverneur militaire israélien à Tyr, cinq mois après l’invasion de 1982. Elle a porté un coup très sévère à l’armée d’invasion qui a subi des pertes énormes, évaluées à plus de 150 soldats et officiers. C’était la première opération du genre.

Il fait partie de de ceux qui ont planifié l’embuscade d’Ansariyeh en 1987, au cours de laquelle une unité commando de marine ennemie qui s’apprêtait à mener une opération supposée secrète s’est retrouvée piégée à plusieurs dizaines de km de la frontière. Un seul membre du groupe assaillant appartenant à l’unité dite «Shayteet» a survécu. Elle a de surcroît permis d’entamer des négociations indirectes pour échanger des prisonniers et rapatrier les dépouilles mortelles de combattants retenues par l’ennemi israélien.

C’est avec Moughniyé que les attaques de la résistance contre les positions israéliennes et celles de la milice de collaborateurs dite «Armée du Liban-Sud» ont connu une évolution quantitative et qualitative. Il avait été rejoint dans son combat en 1997 par le général Qassem Soleimani, le chef de la force Al-Qods du Conseil des Gardiens de la Révolution. Le « qahramane » qui fait la fierté des Iraniens.

Durant les deux années qui ont précédé le retrait israélien en l’an 2000 , plus de 1700 opérations ont été conduites, traquant implacablement les israéliens et leurs collaborateurs. Alors que les premières opérations anti israéliennes étaient réalisées par un seul groupe de quelques personnes, les dernières étaient désormais menées par des groupes multiples concomitants, qui se relayaient l’attaque dans ses diverses étapes.

D’autres opérations ont permis de décapiter les unités de l’armée d’occupation et d’éliminer les chefs de la milice ALS.

Lors d’une de ses dernières opérations qui ont précédé l’évacuation du Liban-Sud par les troupes israéliennes, Imad Moughniyeh a fait exploser un camion piégé dans une position fortifiée ennemie. La surprise des israéliens a été totale. Le véhicule était commandé à distance. Une véritable innovation.

Il avait également demandé aux Iraniens de lui fabriquer des « plateformes de roquettes jetables », utilisées une seule fois pour épargner la vie des résistants et rendre leur action plus rapide.

Moughniyeh avait aussi accéléré le retrait israélien entrepris mai 2000 et qui aurait dû se poursuivre jusqu’en juillet : pendant l’afflux des habitants vers leurs villages libérés, les combattants de la résistance s’infiltraient et attaquaient les derniers sites israéliens et des collaborateurs, les mettant hors d’état de nuire. En trois jours, l’ennemi avait franchi la porte dite de Fatima, mettant fin à 18 années d’occupation au sud du Liban, à l’exception des hameaux de Chebaa et de Kfarchouba.

Pendant la guerre 2006, il avait planifié l’attaque « Promesse tenue » qui a permis de mettre hors de combat plusieurs soldats israéliens à la frontière et de se saisir de deux d’entre eux. Durant la guerre israélienne de 33 jours qui s’en est suivie, il avait préparé plusieurs surprises aux Israéliens : prévoyant que ces derniers allaient dépêcher leur infanterie, ils leur avaient préparé des pièges dans plusieurs localités, dont Aïta al-Chaab, al-Khiam et Bint Jbeil.

Sans oublier l’entrée en action des roquettes antichar Kornet, et l’usage d’obus anti-blindés améliorés qui ont permis la destruction dizaines de chars notamment lors de l’affrontement dans la vallée de Wadi Hojeir.

L’attaque réussie contre le destroyer israélien Saar mis hors de combat au large de Beyrouth, première opération du genre était aussi une amère surprise pour les israéliens tout comme la perte de deux hélicoptères ultra modernes au Liban sud.

Simultanément les tirs de missiles avaient atteint plusieurs villes de Palestine occupé, Haïfa notamment et menaçaient de frapper Tel Aviv en représailles si Beyrouth devenait une cible. Un équilibre de la dissuasion venait ainsi s’imposer.

La plus grande surprise de l’ennemi a été que la résistance a pilonné sans arrêt, jusqu’au dernier jour, les colonies dans les territoires occupés en Palestine. Quelques jours après le déclenchement des hostilités, le premier ministre israélien Ehud Olmert s’était targué d’avoir éliminé tous les sites de roquettes de la résistance. On apprendra plus tard que les cartes de localisation des sites qu’il avait entre les mains avaient été modifiées.

Imad Moughniyeh était sans doute le commandant qui savait le mieux deviner les intentions de l’ennemi, évaluer les forces que ce dernier allait engager et leur nature, et prévoir la panoplie de ses réactions. Tout en préparant la riposte qui convient. Ses proches rapportent qu’il disait souvent : l’Israélien va faire ceci ou cela et il avait raison…

Pendant l’embuscade d’Ansariyeh, il avait empêché son compagnon de route, Moustafa Badreddine d’abattre un hélicoptère israélien envoyé à la rescousse des soldats, pour éviter le déclenchement d’une guerre ouverte.

Pendant ses 30 années de luttes, Imad Moughniyeh a su former des jeunes habitants à une action militaire et sécuritaire organisée, évolutive, scrutant et exploitant les faiblesses de l’ennemi, neutralisant ses atouts et son potentiel de force. Après le stratège militaire vietnamien Võ Nguyên Giáp, il a développé plus que quiconque la guerre des guérillas.

Il a été assassiné dans l’explosion de sa voiture à Kafarsoussa dans la banlieue de Damas, le 12 février en 2008, après une réunion avec des dirigeants palestiniens de la résistance. Il avait entrepris depuis la libération de l’an 2000 de leur transmettre l’expertise de la Résistance islamique.

De point de vue de la doctrine, Imad Moughniyé a établi une équation distinctive pour les combattants du Hezbollah : « Nous ne combattons pas avec nos capacités physiques. Nous combattons avec l’esprit ».

Source : Al Manar

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