mardi 20 octobre 2026 - 10:15
Arabie saoudite : la décapitation d’un jeune couple bangladais soulève une vague de contestation

Hawzah/La décapitation d’un jeune couple bangladais qui s’était rendu en Arabie saoudite pour commencer sa vie conjugale a provoqué une réaction des autorités bangladaises et déclenché un vaste débat sur les réseaux sociaux. Des questions ont également été soulevées quant aux fondements religieux et judiciaires de cette condamnation.

(A.P.Hawzah) – À la suite de l’exécution de ce jeune couple bangladais dans la région de La Mecque, le gouvernement du Bangladesh a demandé des explications aux autorités saoudiennes. Le ministère saoudien de l’Intérieur affirme que les deux personnes ont commis un acte immoral dans une mosquée et qu’à l’issue d’une procédure judiciaire, elles ont été condamnées à mort au titre du ta‘zîr, une catégorie de sanctions discrétionnaires en droit islamique. Les autorités bangladaises contestent toutefois cette version et affirment ne pas avoir été informées avant l’exécution de la sentence. Depuis cet événement, plusieurs affirmations circulent sur les réseaux sociaux concernant le jeune couple, son voyage en Arabie saoudite pour accomplir l’omra et la diffusion d’une vidéo qui aurait révélé les faits.

Selon un communiqué relayé par l’Agence de presse saoudienne (SPA), la peine de mort prononcée contre les deux ressortissants bangladais a été exécutée le 14 octobre 2026 dans la région de La Mecque. Les informations publiées identifient l’homme comme étant Nazirul Islam Abdoul Bassir et la femme comme étant Sweety Akhtar.

La position du ministère saoudien de l’Intérieur

Le ministère saoudien de l’Intérieur a déclaré que les forces de sécurité avaient mené les investigations nécessaires après l’arrestation des deux personnes, avant de transmettre leur dossier à la juridiction compétente. Selon le communiqué officiel, une fois leur culpabilité établie, le tribunal a prononcé la peine de mort à titre de sanction discrétionnaire (ta‘zîr). La sentence aurait ensuite été exécutée après sa confirmation et la publication d’un décret royal.

Le communiqué ne fournit toutefois pas de précisions détaillées sur les circonstances de l’affaire. Il ne mentionne ni le nom de la mosquée concernée, ni la nature exacte de l’acte reproché, ni les éléments de preuve retenus par le tribunal pour rendre son verdict.

La réaction diplomatique du Bangladesh

Le quotidien bangladais The Daily Star rapporte que le consulat général du Bangladesh à Djeddah a indiqué que les autorités saoudiennes n’avaient pas informé la représentation diplomatique bangladaise avant l’exécution des deux ressortissants. À la suite de cet événement, la mission diplomatique du Bangladesh a adressé une note verbale au ministère saoudien des Affaires étrangères afin d’obtenir une confirmation officielle de l’exécution et des informations complémentaires sur cette affaire.

Le 18 octobre, Shama Obaid Islam, ministre d’État bangladaise chargée des Affaires étrangères, a déclaré aux journalistes que le ministère bangladais des Affaires étrangères avait demandé des éclaircissements à l’ambassadeur d’Arabie saoudite sur cette affaire.

Selon un article publié le 19 octobre par The Daily Star, les autorités saoudiennes avaient auparavant transmis à la mission diplomatique bangladaise une liste de détenus. Cependant, les noms des deux ressortissants exécutés ne figuraient pas dans les informations communiquées à cette occasion.

Les échos de l’affaire dans les médias internationaux

L’agence de presse américaine Associated Press (AP) a consacré un reportage à l’exécution des deux ressortissants bangladais, mettant notamment en avant la demande de Dacca visant à obtenir des explications sur l’absence de notification préalable. L’agence revient également sur la position des autorités saoudiennes et sur la réaction diplomatique du gouvernement bangladais.

De son côté, le quotidien bangladais The Daily Star s’est intéressé aux démarches diplomatiques entreprises, à la liste des détenus transmise par les autorités saoudiennes et à l’absence d’informations concernant l’exécution de la sentence.

Les affirmations circulant sur les réseaux sociaux au sujet de Sweety Akhtar et de leur voyage pour l’omra

Plusieurs publications diffusées sur les réseaux sociaux affirment que Nazirul Islam Abdoul Bassir et Sweety Akhtar étaient mari et femme et qu’ils s’étaient rendus en Arabie saoudite pour accomplir l’omra. Certaines de ces publications présentent leur déplacement non seulement comme un voyage religieux, mais aussi comme une étape liée au commencement de leur vie conjugale.

Selon ces mêmes affirmations, un ressortissant pakistanais aurait filmé le couple en train de s’embrasser à l’intérieur d’une mosquée. La diffusion de cette vidéo aurait ensuite entraîné l’ouverture de poursuites judiciaires à leur encontre.

Toutefois, les affirmations relatives au statut matrimonial des deux personnes, à leur voyage pour accomplir l’omra, à l’identité de la personne ayant filmé la scène et au rôle de cette vidéo dans la procédure judiciaire n’ont pas été confirmées de manière indépendante par les communiqués officiels disponibles ni par les médias internationaux cités précédemment. Leur vérification nécessiterait la publication de déclarations des autorités compétentes, de documents relatifs au voyage et de pièces judiciaires concernant cette affaire.

Des interrogations sur les fondements religieux et juridiques de la peine de mort

Le ministère saoudien de l’Intérieur a présenté cette sanction comme relevant du ta‘zîr. En jurisprudence islamique, ce terme désigne une sanction dont la nature et la détermination relèvent de l’autorité compétente, dans le respect des principes religieux et du cadre juridique applicable. Toutefois, le simple fait de qualifier une sanction de ta‘zîr ne suffit pas, à lui seul, à établir que la peine de mort est religieusement autorisée pour toute catégorie d’infraction.

La question centrale dans cette affaire est donc la suivante : sur quel fondement religieux précis repose la condamnation à mort de ce jeune couple ? La nature de l’infraction reprochée et les preuves retenues pour établir la culpabilité sont-elles clairement exposées dans le jugement ? Le texte de la décision judiciaire et les éléments sur lesquels elle s’appuie seront-ils rendus publics afin de permettre un examen approfondi de l’affaire ?

Qualifier un comportement d’immoral ou de péché ne revient pas à démontrer que la peine de mort constitue une sanction religieusement légitime pour cet acte. Il s’agit de deux questions distinctes. Toute conclusion définitive sur la légitimité religieuse de cette condamnation exige donc l’examen du jugement original, de l’infraction effectivement établie et des principes de jurisprudence islamique applicables.

Par ailleurs, la décapitation de ce jeune couple a ravivé les spéculations sur une éventuelle influence croissante de Daech au sein de l’appareil judiciaire et des institutions dirigeantes saoudiennes.

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