(A.P.Hawzah)– The New York Times estime que la prolongation des opérations militaires contre l’Iran, engagées sans approbation du Congrès, représente un défi politique majeur pour les républicains à quelques mois du scrutin. Le quotidien souligne que cette situation a ravivé le débat sur les prérogatives constitutionnelles du président en matière de déclenchement et de poursuite des conflits armés, remettant cette question au cœur de la vie politique américaine.
Voici le texte du rapport :
En relançant les opérations militaires contre l’Iran sans solliciter l’autorisation du Congrès, le président américain Donald Trump a ravivé à Washington le débat sur l’étendue des pouvoirs de l’exécutif en matière d’engagement militaire.
Selon The New York Times, l’effondrement du cessez-le-feu et la reprise des hostilités ouvrent un nouveau bras de fer entre la Maison-Blanche et le Congrès, tant sur les limites des pouvoirs constitutionnels que sur le financement de la guerre.
Le quotidien souligne que, en redéployant les forces américaines sur le théâtre des opérations, Donald Trump a une nouvelle fois contourné le Congrès dans le processus décisionnel, alors même que, quelques semaines plus tôt, la Chambre des représentants et le Sénat s’étaient prononcés contre la poursuite de la guerre contre l’Iran sans autorisation du Congrès.
Le journal ajoute que la reprise des combats, après la rupture du cessez-le-feu, intervient alors que l’administration américaine réclame plusieurs dizaines de milliards de dollars de crédits supplémentaires afin de financer la poursuite du conflit. Cette demande a encore intensifié les tensions autour des prérogatives du Congrès en matière de guerre.
Pour The New York Times, cette situation constitue l’un des scénarios politiques les plus défavorables pour les républicains à l’approche des élections de mi-mandat. Les élus républicains se retrouvent désormais contraints de financer une guerre qu’ils n’ont ni véritablement supervisée ni officiellement autorisée, alors que l’opposition de l’opinion publique à ce conflit ne cesse de croître.
Le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, a déclaré la semaine dernière, lors d’un entretien accordé à CNN depuis le Capitole :
« La plus grande puissance militaire du monde, et la dernière véritable superpuissance, doit rester en permanence au plus haut niveau de préparation. Il appartient au Congrès de garantir les ressources nécessaires à cette préparation. »
The New York Times rappelle également que l’administration Trump a transmis le mois dernier au Congrès une demande de budget complémentaire de 87,6 milliards de dollars, dont 67,1 milliards destinés aux dépenses militaires supplémentaires de l’exercice en cours.
Interrogé sur le fait de savoir si le rôle du Congrès se limitait au financement ou s’étendait également à l’autorisation d’engager une guerre, Mike Johnson a refusé de répondre directement, déclarant simplement :
« Nous fournirons les moyens nécessaires pour préserver la sécurité nationale des États-Unis. »
Pour The New York Times, cette attitude illustre une nouvelle étape dans le transfert progressif des prérogatives du Congrès vers l’exécutif. Le quotidien estime que les dirigeants républicains évitent délibérément tout débat sur la conduite de la guerre afin d’obtenir le soutien de leur camp en faveur du budget militaire supplémentaire, sans condition ni restriction et exclusivement grâce aux voix républicaines.
Le journal souligne que cette évolution est d’autant plus significative que, quelques semaines auparavant, la Chambre des représentants et le Sénat avaient adopté, avec le soutien des deux partis, des résolutions réaffirmant les compétences constitutionnelles du Congrès en matière de guerre.
Selon le quotidien, ces résolutions constituaient un avertissement politique adressé au président, alors que le conflit, que Donald Trump avait promis de limiter à quelques semaines, est désormais entré dans son quatrième mois.
Les démocrates réclament une véritable stratégie de guerre
Selon le rapport, après plusieurs mois d’efforts visant à remettre les pouvoirs de guerre du Congrès au centre des débats, les démocrates ont intensifié la pression sur l’administration. En bloquant l’examen du projet annuel de politique de défense et en s’opposant aux textes portant sur le financement militaire, ils cherchent à contraindre l’exécutif à rendre des comptes.
Les démocrates considèrent que le pouvoir budgétaire du Congrès est indissociable de ses prérogatives constitutionnelles relatives à la déclaration de guerre et au contrôle des opérations militaires.
Ils ont ainsi annoncé qu’ils ne soutiendraient aucune nouvelle enveloppe budgétaire tant que l’administration n’aurait pas présenté de manière claire sa stratégie, ses objectifs ainsi que son plan de sortie de la guerre contre l’Iran.
Le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a déclaré la semaine dernière :
« Si les républicains ont besoin de nos voix, ils doivent présenter une stratégie crédible. Combien de temps cette guerre va-t-elle durer ? Comment prendra-t-elle fin ? Quels sont nos objectifs ? Ce sont des questions élémentaires auxquelles aucune réponse n’a encore été apportée. »
Jack Reed, principal représentant démocrate au sein de la commission des forces armées du Sénat, s’est lui aussi opposé, avec les membres de son parti, à l’inscription à l’ordre du jour du projet de loi sur la défense, bien qu’il l’ait précédemment soutenu en commission.
Il a déclaré :
« Je ne peux pas soutenir un texte qui ouvre la voie à la poursuite d’une guerre contre l’Iran, alors même que le Congrès ne l’a jamais autorisée. »
Les républicains reprennent les arguments avancés par Donald Trump
Selon The New York Times, les républicains ont largement relégué au second plan le débat sur les pouvoirs de guerre, et nombre d’entre eux reprennent désormais les arguments avancés par Donald Trump pour justifier la reprise des opérations militaires.
Brian Mast, président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, a affirmé sur Fox News que l’Iran avait, à plusieurs reprises au cours des dernières décennies, attaqué des navires transitant par le détroit d’Ormuz.
Il a déclaré :
« Donald Trump est le premier président à avoir mis fin à une situation qui perdurait depuis des décennies. Après les récentes actions de l’Iran ayant aggravé les tensions, les États-Unis ont clairement indiqué qu’ils ne permettraient plus que cette situation se poursuive. »
Le quotidien précise que les membres du Congrès doivent interroger publiquement, mardi, les responsables de l’administration lors d’une audition organisée par la commission des crédits du Sénat.
Selon le rapport, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, ainsi que le général Dan Caine, président des chefs d’état-major interarmées, devraient comparaître devant les sénateurs afin de défendre la demande de crédits militaires supplémentaires du Pentagone.
Les critiques restent limitées au sein du Parti républicain
The New York Times relève que plusieurs élus républicains ont néanmoins critiqué la manière dont l’administration informe le Congrès, estimant que les parlementaires n’ont pas été suffisamment associés au suivi de la situation.
Le sénateur Bill Cassidy, qui avait soutenu le mois dernier avec les démocrates une proposition obligeant Donald Trump soit à mettre un terme aux hostilités, soit à obtenir une autorisation du Congrès, estime qu’avec la reprise des combats, l’administration doit désormais présenter un nouveau rapport de sécurité au Congrès.
La sénatrice républicaine de l’Alaska, Lisa Murkowski, a elle aussi appelé l’administration à davantage de transparence dans ses relations avec le pouvoir législatif.
Le quotidien souligne toutefois que ces critiques n’ont, jusqu’à présent, débouché sur aucune initiative concrète visant à restreindre les pouvoirs militaires du président.
John Curtis, sénateur républicain de l’Utah, qui avait pourtant affirmé qu’il ne soutiendrait pas des opérations militaires de plus de soixante jours sans autorisation du Congrès, a finalement voté avec son parti contre les propositions destinées à limiter les pouvoirs de guerre du président.
Évoquant la guerre du Vietnam, il a déclaré à KSL News :
« Pendant des années, le Congrès a financé la guerre du Vietnam sans déclaration officielle de guerre. Il ne s’agit pas d’une démarche contre le président, mais d’un rappel que le Congrès doit également assumer ses responsabilités. Toute la charge ne peut pas reposer sur le président ; le Congrès doit prendre part à ce processus. »
Donald Trump continue d’ignorer les décisions du Congrès
Dans la dernière partie de son rapport, The New York Times affirme que Donald Trump continue, dans les faits, d’ignorer les décisions du Congrès.
Malgré les résolutions adoptées par la Chambre des représentants et le Sénat exigeant une autorisation préalable pour poursuivre les hostilités, le président américain n’en a pas tenu compte et a officiellement informé le Congrès, la semaine dernière, de la reprise des opérations contre l’Iran.
Dans cette notification officielle, Donald Trump affirme avoir agi en sa qualité de commandant en chef des forces armées des États-Unis et considère qu’il n’avait pas à consulter le pouvoir législatif.
Il présente également les nouvelles opérations militaires comme une « réponse limitée et proportionnée » aux récentes attaques iraniennes dans le détroit d’Ormuz, tout en avertissant que si l’Iran continuait de menacer les États-Unis et leurs alliés, les forces américaines étaient prêtes à prendre « toutes les mesures supplémentaires jugées nécessaires et appropriées ».
En conclusion, The New York Times indique que, dimanche soir, les affrontements entre les États-Unis et l’Iran étaient entrés dans leur neuvième jour.
Le Commandement central des États-Unis (CENTCOM) a par ailleurs annoncé dans un communiqué que les forces américaines, « conformément aux directives du commandant en chef, poursuivent leurs opérations afin de répondre aux actions de l’Iran ».
Selon le rapport, deux militaires américains ont été tués lorsqu’un missile balistique iranien a frappé une base militaire américaine en Jordanie durant le week-end. Un troisième militaire est également décédé lors de l’interception d’un drone iranien dans le nord de l’Irak.
Le quotidien conclut qu’avec ces nouvelles pertes, le nombre de militaires américains tués depuis le début de la guerre, à la fin du mois de février, s’élève désormais à 17.




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