mercredi 10 juin 2026 - 17:30
L’Allemagne a bloqué les sanctions de l’UE contre des ministres israéliens

Hawzah/Alors que plusieurs États membres de l’Union européenne réclament l’adoption de sanctions contre deux ministres considérés comme ultraconservateurs au sein du cabinet israélien, l’Allemagne, en exprimant son opposition, a empêché l’obtention d’un consensus et s’est une nouvelle fois imposée comme le principal soutien de Tel-Aviv face aux mesures punitives envisagées par l’Union européenne.

(A.P.Hawzah) – Citant l’agence Anadolu, lors de la récente réunion du Comité des représentants permanents de l’Union européenne (COREPER), la question de l’éventuelle imposition de sanctions contre deux membres du gouvernement israélien — le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir et le ministre des Finances Bezalel Smotrich — a été examinée.

D’après les rapports, l’Allemagne a demandé lors de cette réunion que la liste des sanctions soit limitée uniquement à Ben Gvir, insistant pour que Smotrich en soit exclu. La République tchèque a été le seul État membre de l’Union européenne à s’opposer même à l’imposition de sanctions contre Ben Gvir.

Plusieurs pays européens, en se basant sur les déclarations et positions de ces deux ministres durant la guerre de Gaza, réclament des mesures telles que l’interdiction de voyager et le gel de leurs avoirs. Toutefois, les divergences entre les États membres de l’Union européenne persistent.

« Shada Islam », experte principale des questions européennes, a déclaré dans un entretien avec l’agence Anadolu que l’Allemagne a toujours adopté une approche prudente et dissuasive face à toute mesure efficace visant à exercer une pression sur Israël.

Elle a rappelé que l’Allemagne avait déjà, en avril, empêché la suspension de l’accord commercial entre l’Union européenne et Israël.

Cette experte a également souligné, en évoquant les positions du ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul, que Berlin figure parmi les pays qui freinent l’adoption d’approches plus strictes au sein de l’Union européenne à l’égard d’Israël.

Selon elle, des pays tels que l’Irlande, la Pologne, la France et les Pays-Bas soutiennent l’adoption de restrictions, notamment des interdictions de voyage visant Ben Gvir et Smotrich, mais l’opposition de l’Allemagne empêche l’atteinte d’une décision commune au niveau européen.

L’Allemagne paie un coût diplomatique

Shada Islam estime que le soutien important de l’Allemagne à Israël entraîne progressivement des coûts politiques et diplomatiques pour Berlin sur la scène internationale, en particulier dans ses relations avec les pays dits du « Sud global ».

Elle a souligné : « Cette politique a engendré des coûts diplomatiques importants pour l’Allemagne. »

Elle a également évoqué l’échec récent de l’Allemagne à obtenir un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, affirmant que certains responsables allemands reconnaissent eux-mêmes que les politiques de Berlin à l’égard d’Israël ont pu influencer le vote de différents pays.

Selon cette experte, en raison de ses positions concernant les événements à Gaza, l’Allemagne se retrouve progressivement dans une position plus isolée sur la scène internationale.

Responsabilité historique ou bouclier politique ?

Shada Islam a par ailleurs déclaré que la politique de l’Allemagne envers Israël trouve son origine dans un sentiment de responsabilité historique lié à la période nazie et à la Shoah, un fait largement reconnu en Europe.

Cependant, elle a insisté sur le fait que cette responsabilité historique ne doit pas être utilisée comme un instrument empêchant toute redevabilité face aux événements actuels.

Elle a affirmé : « La responsabilité liée à la Shoah est une réalité qui doit être acceptée, mais la transformer en un bouclier permanent empêchant toute responsabilité face à une tragédie du XXIe siècle est en contradiction avec les leçons que l’Europe prétend avoir tirées de son passé. »


Impasse sur le dossier des sanctions contre Israël

En novembre 2025, la Commission européenne, en réponse aux critiques concernant son silence prolongé sur la guerre à Gaza, avait proposé la suspension partielle de l’accord d’association avec Israël ainsi que des sanctions contre certains ministres de droite du gouvernement israélien.

Toutefois, en raison de l’absence de consensus entre les États membres, ces propositions n’ont pas été mises en œuvre et, après l’instauration d’un cessez-le-feu, elles ont été de facto suspendues.

Le mois dernier, lors d’une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, la question des sanctions contre Ben Gvir a de nouveau été évoquée, mais la décision finale a été reportée à la réunion officielle des ministres des Affaires étrangères de l’UE prévue le 15 juin. Cependant, les consultations préliminaires au sein du COREPER n’ont pas permis de surmonter les divergences entre les États membres.

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